Comment l’économie roumaine est passée d’une histoire à succès à une zone dangereuse
- L’économie roumaine est passée d’une convergence rapide à une période de croissance lente et de pression fiscale croissante.
- L’État dépense bien plus que ce que son système fiscal peut supporter, ce qui provoque le plus grand déficit de l’UE.
- Des investissements faibles, des tensions politiques et une hausse des coûts d’emprunt définissent désormais les perspectives du pays.
Jusqu’à un certain point, l’économie roumaine disposait de tous les outils pour devenir la plus grande réussite européenne. La croissance a dépassé la majeure partie du bloc. Les revenus ont rapidement augmenté. Des investisseurs étrangers ont afflué.
Mais la situation actuelle n’est pas si prometteuse. L’économie roumaine est en mauvaise posture, avec de sérieuses vulnérabilités.
Et si l’on compare « mauvaise situation » signifiant un risque de détérioration ou de stagnation économique plutôt que de forte croissance, alors la Roumanie en est qualifiée. Mais tout espoir n’est pas perdu.
Un État trop grand pour sa base fiscale
Le modèle économique roumain a permis une convergence rapide depuis l’adhésion à l’UE. Le PIB par habitant est passé de moins de 3 000 € en 2004 à plus de 18 000 € seulement 20 ans plus tard.
Cette hausse, cependant, s’est accompagnée d’un décalage persistant entre dépenses et recettes.
La Roumanie perçoit environ 27 à 31 % du PIB en impôts, contre une moyenne européenne d’environ 41 %.
L’écart de TVA est le plus important de l’Union. Plus d’un quart des recettes potentielles de la TVA n’est jamais perçu.
Le système de recettes est poreux et fortement dépendant des taxes à la consommation. Ainsi, lorsque la croissance ralentit, les revenus chutent brutalement.
Parallèlement, les dépenses publiques ont augmenté beaucoup plus rapidement que l’économie.
La loi sur les salaires de 2017 a augmenté les salaires et les pensions publics d’une manière qui a intégré des dépenses plus élevées dans le budget.
Cela rendait l’État bien plus coûteux à gérer. Le déficit a dépassé 4 % du PIB même avant la pandémie. Le soutien au COVID l’a fait grimper à 9,3 %.
Après une brève correction à 5,7 % en 2023, les augmentations des salaires et des retraites dues aux élections ont ramené le déficit à 9,3 % en 2024.
C’est la plus élevée dans l’UE de loin.
Pourquoi le modèle de croissance roumain est à court de route
La croissance de la Roumanie est depuis longtemps portée par la consommation, les investissements financés par l’UE, la main-d’œuvre bon marché et les usines étrangères.
Ces éléments ont aidé le pays à rattraper rapidement son retard. Mais elles sont limitées.
Le nombre de travailleurs diminue. Les salaires ont augmenté plus vite que la productivité.
De nombreux secteurs dépendent désormais d’exonérations fiscales qui réduisent la base de revenus. Le déficit du compte courant s’est creusé à plus de 7 % du PIB car la Roumanie importe bien plus qu’elle n’exporte.
Un investissement faible est un autre signe de tension. Les entreprises hésitent à s’étendre lorsque l’inflation est imprévisible et que la trajectoire budgétaire reste incertaine.
Les rendements obligataires proches de 7 à 8 % augmentent le coût des projets à long terme.
Les agences de notation ont fait baisser la perspective de la Roumanie. Les investisseurs évaluent le risque de changements brusques de politique et de renouvellement politique.
Cette combinaison de croissance lente, de coûts d’emprunt élevés et de déficit externe important est inhabituelle au sein de l’Union européenne.
Cela indique des problèmes structurels plus profonds plutôt qu’un ralentissement temporaire.
L’UE intervient à l’arrivée du projet de loi budgétaire
L’UE observe ces déséquilibres s’aggraver depuis des années. La Roumanie est sous une procédure de déficit excessif depuis 2020, mais a eu du mal à suivre la voie convenue.
La Commission européenne a désormais lié l’accès futur aux fonds de cohésion à un plan budgétaire plus crédible.
Ces fonds sont au cœur de la stratégie de développement de la Roumanie.
Le cycle de financement actuel alloue plus de trente milliards d’euros à des projets roumains. Perdre ce soutien freinerait la croissance et affaiblirait la confiance des investisseurs.
Pour éviter ce résultat, le gouvernement a adopté un large ensemble de mesures de consolidation.
La TVA a été augmentée, les hausses de salaires dans le secteur public ont été retardées, l’indexation des retraites gelée, de nouvelles taxes d’accise ont été introduites, et plusieurs milliers d’emplois administratifs locaux sont prévus pour la suppression.
Le gouvernement prévoit que ces mesures permettront de réduire le déficit à 5 % après 2026.
La Commission prévoit un ajustement légèrement plus lent. La performance dépendra de la mise en œuvre et de la stabilité politique.
Ce resserrement survient à un moment difficile. L’inflation devrait atteindre environ 7 % en 2025, avec la levée des plafonds sur les prix de l’énergie et la libéralisation des prix de l’essence.
La consommation restera faible car les salaires réels sont sous pression par des changements fiscaux et une croissance salariale plus lente.
La consolidation budgétaire dans une économie faible tend à produire des chiffres de croissance modestes. La prévision de la Commission de 0,7 % en 2025 indique clairement la direction que prennent les choses.
Les marchés surveillent la politique aussi attentivement que l’économie
Le niveau de la dette de la Roumanie reste modéré, autour de 57 % du PIB. C’est inférieur à celui de nombreux États de l’UE et bien en dessous des niveaux qui ont déclenché les crises passées en Europe du Sud.
Le problème n’est pas la solvabilité aujourd’hui, mais la trajectoire au cours de la prochaine décennie. Des déficits élevés, une hausse des coûts des intérêts et une croissance faible peuvent affecter rapidement la dynamique de la dette.
Le trésor du pays vise à réduire jusqu’à 6 milliards d’euros sur l’émission de dette extérieure.
Les investisseurs évaluent cela en conséquence. Des rendements proches de 7,5 % ne sont pas en zone de crise, mais ils signalent un manque de confiance dans la capacité de la Roumanie à maintenir la consolidation à travers plusieurs élections.
La politique amplifie l’incertitude. L’extrême droite a gagné du terrain en s’opposant aux nouvelles mesures budgétaires et en critiquant les partis qui ont permis à ce déficit de croître.
De nombreux foyers se sentent déjà contraints par les prix élevés et le faible pouvoir d’achat.
Les hausses de la TVA et les gels des salaires sont impopulaires. Le doute public est renforcé par le fait que le gouvernement actuel inclut plusieurs partis qui ont contribué à créer les problèmes fiscaux actuels.
Si le soutien politique s’érode, le plan de consolidation pourrait stagner. Les marchés exigeraient une prime plus élevée, et l’ajustement deviendrait encore plus difficile.
Un test pour la prochaine décennie de la Roumanie
La Roumanie entre dans une phase décisive. La partie facile de la convergence est terminée.
La consommation ne peut plus générer de croissance. Les investisseurs étrangers recherchent la stabilité et une politique crédible. Les fonds de l’UE ne peuvent pas remplacer une réforme intérieure.
L’État est trop coûteux par rapport à ce que le pays collecte, et les fuites de revenus affaiblissent sa capacité à financer les biens publics.
Le modèle de croissance qui a permis une convergence rapide limite désormais la prochaine étape.
La question sous-jacente est de savoir si la Roumanie peut passer d’un cycle fondé sur les dépenses et la demande à court terme à un cycle ancré dans la productivité, la capacité fiscale et la stabilité des institutions.
Cela nécessite de la discipline de plusieurs gouvernements, pas d’un seul. Cela exige aussi la capacité de soutenir des réformes lorsqu’elles sont impopulaires.
L’économie roumaine est arrivée au point où l’ancienne formule économique ne peut plus aller plus loin, pourtant la nouvelle formule n’a pas été construite.
Les pays passent rarement longtemps dans cet intervalle. Certains avancent et redéfinissent leur trajectoire.
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