L’Inde prévoit de se tourner vers le capital privé pour libérer la croissance de l’énergie nucléaire

L’Inde prévoit de se tourner vers le capital privé pour libérer la croissance de l’énergie nucléaire
Diya Poddar
15 déc. 2025, 12:37 PM
  • Le gouvernement vise une expansion nucléaire à grande échelle pour atteindre des objectifs énergétiques à long terme.
  • Les lois sur la responsabilité stricte ont historiquement ralenti les investissements privés et étrangers dans les projets nucléaires.
  • Un fort soutien parlementaire rend probable l’approbation de la législation.

L’Inde a pris des mesures pour assouplir les restrictions de longue date dans son secteur nucléaire afin d’accélérer les augmentations de capacité et de réduire les écarts de financement qui s’élargissent.

Les amendements juridiques introduits au parlement lundi permettraient aux entreprises privées de participer à un domaine qui est resté sous contrôle de l’État depuis des décennies.

Les changements proposés reflètent une pression exercée sur le gouvernement pour garantir une électricité fiable et à faible émission de carbone tout en suivant la croissance de la demande.

Ils marquent également un changement dans la réflexion des politiques, alors que l’énergie nucléaire reprend de l’importance à l’échelle mondiale face aux préoccupations concernant la sécurité énergétique, les émissions et les besoins électriques des centres de données et la croissance propulsée par l’intelligence artificielle.

Le projet de loi vise à augmenter la capacité nucléaire

Les amendements visent l’approbation parlementaire d’un cadre qui permettrait de construire 100 gigawatts de capacité nucléaire d’ici 2047, année où l’Inde vise à obtenir le statut de nation développée.

Les estimations du ministère de l’Énergie suggèrent que cet effort nécessiterait des investissements d’environ 213 milliards de dollars, une échelle qui s’est avérée difficile à atteindre uniquement par le financement public.

L’Inde exploite actuellement 25 réacteurs nucléaires d’une capacité combinée de 8,8 gigawatts. Tous sont gérés par la société publique Nuclear Power Corporation of India Ltd.

Avec les entreprises privées interdites de construire ou d’exploiter des réacteurs, l’expansion a pris du retard par rapport aux objectifs précédents.

Un plan initial visant à atteindre 63 gigawatts de capacité nucléaire d’ici 2032 a ensuite été réduit après des retards et des contraintes de financement qui sont apparus.

Les tendances énergétiques mondiales renforcent l’urgence

La volonté de réformer le secteur nucléaire indien intervient alors que les gouvernements du monde entier réévaluent le rôle de l’énergie atomique.

Le Japon redémarre progressivement les réacteurs qui ont été arrêtés après la catastrophe de Fukushima en 2011.

Le Royaume-Uni, la Chine et la Corée du Sud construisent de nouvelles installations pour diversifier leur mix énergétique.

Cet intérêt renouvelé est motivé par les objectifs de décarbonation et la demande croissante d’électricité liée aux infrastructures numériques et à la croissance industrielle.

Pour l’Inde, où le charbon reste la principale source d’énergie, l’énergie nucléaire est de plus en plus perçue comme un moyen de fournir une électricité de base stable tout en limitant la dépendance à long terme aux combustibles fossiles.

Les règles de responsabilité ont façonné l’accès au marché

L’approche prudente de l’Inde en matière de libéralisation nucléaire a des racines profondes. Après la fuite de gaz de Bhopal en 1984, qui a fait des milliers de morts, le pays a instauré certaines des règles de responsabilité industrielle les plus strictes au monde.

L’Inde est devenue la seule nation à imposer une responsabilité en cas d’accident à la fois aux fournisseurs d’équipements et aux exploitants d’usine.

Ces réglementations ont découragé la participation étrangère et paralysé plusieurs projets.

Des entreprises comme General Electric sont restées en dehors du marché, tandis que les projets de développement impliquant Westinghouse Electric et Electricité de France peinaient à progresser.

Les observateurs de l’industrie ne s’attendent pas à de grands obstacles politiques pour les amendements proposés.

Le parti d’opposition du Congrès devrait soutenir cette initiative, ayant soutenu l’accord nucléaire de 2008 lorsqu’il était au pouvoir.

Avec le Bharatiya Janata Party et ses partenaires de coalition détenant la majorité dans les deux chambres du parlement, l’adoption du projet de loi semble probable.

L’opposition est principalement venue de la société civile. L’Alliance nationale pour le mouvement antinucléaire a soutenu que cette législation pourrait normaliser l’acquisition de terres pour des projets nucléaires et augmenter l’exposition aux déchets radioactifs.