Le Japon condamne l’interdiction chinoise « inacceptable » alors que les inquiétudes sur les terres rares montent

Le Japon condamne l’interdiction chinoise « inacceptable » alors que les inquiétudes sur les terres rares montent
Sayantan Sarkar
07 janv. 2026, 06:46 AM
  • La Chine a interdit les exportations d’articles à double usage vers le Japon suite au commentaire du Premier ministre japonais qualifiant Taïwan de « menace existentielle ».
  • Le secrétaire général du Cabinet japonais, Minoru Kihara, a condamné cette mesure comme « inacceptable et profondément regrettable ».
  • Pékin envisage une restriction plus large sur les exportations de terres rares vers le Japon.

Le principal porte-parole du gouvernement japonais a condamné mercredi l’interdiction chinoise d’exporter des articles à double usage, la qualifiant d'« absolument inacceptable et profondément regrettable », marquant une escalade significative du différend diplomatique entre les deux plus grandes économies d’Asie.

Les objets à double usage sont définis comme des biens, des logiciels ou des technologies possédant à la fois une utilité civile et militaire.

Un exemple clé est certains éléments des terres rares, qui sont des composants indispensables dans la fabrication de technologies avancées comme les drones et les microprocesseurs.

En raison de leur potentiel d’application militaire, le commerce et l’exportation de ces articles à double usage sont souvent soumis à des contrôles réglementaires stricts et à un contrôle international.

Les tensions diplomatiques éclatent

La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a déclenché un incident diplomatique avec Pékin après avoir déclaré qu’une attaque chinoise contre Taïwan pourrait constituer une « menace existentielle » pour le Japon.

Ce commentaire a ravivé les tensions sur le statut de Taïwan, une île autonome que la Chine revendique comme son territoire souverain.

La déclaration de Takaichi laissait entendre que le Japon pourrait être contraint d’intervenir militairement pour protéger ses propres intérêts sécuritaires si la Chine venait à envahir, entraînant potentiellement Tokyo dans un conflit.

Pékin s’oppose farouchement à toute ingérence étrangère dans ce qu’il considère comme une affaire purement intérieure, ce qui aggrave le risque géopolitique dans la région.

Le différend diplomatique croissant a conduit Pékin à exiger le retrait de certaines proposées, une exigence que le Premier ministre japonais a refusé de respecter.

Ce non-respect a déclenché une série de mesures de représailles de la part de la Chine.

La plus récente et la plus significative de ces contre-mesures, annoncée mardi, est l’interdiction de l’exportation d’articles à double usage — des biens à usage civil et militaire — spécifiquement lorsqu’ils sont destinés à un usage militaire.

Cette mesure constitue une escalade claire, utilisant des outils économiques pour exercer une pression après le refus soutenu de rétracter les déclarations controversées.

« Une mesure comme celle-ci, visant uniquement notre pays, diffère considérablement des pratiques internationales et est absolument inacceptable et profondément regrettable », a déclaré le secrétaire en chef du Cabinet japonais, Minoru Kihara, lors d’une conférence de presse quotidienne mercredi, selon un rapport de Reuters.

Il a cependant refusé de discuter des effets potentiels sur l’industrie japonaise, affirmant que les articles spécifiques à cibler restaient inconnus.

Malgré un rallye mondial qui a vu les indices américains et européens atteindre des sommets records, la réaction du marché à cette nouvelle au Japon a été quelque peu modérée.

Les actions japonaises, en revanche, étaient en baisse mercredi. L’indice plus large Topix a reculé de 0,55 %, les actions minières connaissant la plus forte baisse, chutant de 3,2 %.

Interdiction des minéraux de terres rares ?

Le journal chinois China Daily, propriété du Parti communiste chinois, a rapporté mardi que Pékin envisage une restriction plus large sur les exportations de terres rares vers le Japon en resserrant le processus d’examen des licences.

Les analystes ont suggéré qu’un tel développement pourrait avoir un impact profond sur le centre de fabrication, en particulier son industrie automobile cruciale.

Malgré les efforts du Japon pour diversifier son approvisionnement en terres rares depuis que la Chine a restreint ses exportations en 2010, le pays s’approvisionne toujours en environ 60 % de ses importations totales de terres rares en provenance de Chine.

Une restriction chinoise de trois mois sur les exportations de terres rares, similaire à celle de 2010, pourrait entraîner une perte de 660 milliards de yens (4,21 milliards de dollars) pour les entreprises japonaises et réduire le produit intérieur brut annuel du Japon de 0,11 %.

Cette évaluation a été fournie par l’économiste Takahide Kiuchi de l’Institut de recherche Nomura dans une note publiée mercredi.

Une interdiction d’un an devrait diminuer le PIB chinois de 0,43 %.

Malgré cela, les données des douanes chinoises, bien qu’elles aient subi certains retards, n’ont pas encore indiqué une baisse des exportations de terres rares vers le Japon.

En fait, les exportations de novembre — le mois le plus récent pour lequel des données sont disponibles — ont augmenté de 35 % pour atteindre 305 tonnes métriques, ce qui représente le volume le plus élevé de l’année écoulée.