Les métaux précieux remontent; les prix devraient consolider faute d'élan

Le conflit en cours au Moyen-Orient n'a pas sensiblement augmenté la demande pour les placements refuges que sont l'or et l'argent.

La dynamique des cours suggère que les métaux précieux pourraient avoir besoin de plus de temps pour se consolider. 

Les cours des métaux précieux ont progressé jeudi, soutenus par un dollar plus faible et une demande accrue des investisseurs pour cet actif refuge alors que le conflit au Moyen-Orient s'intensifie.

Cependant, les prix sont restés en dessous de $5,200 l'once après être montés au‑dessus de $5,400 l'once lors de l'ouverture des marchés lundi. 

Pas assez d'élan

Dans une interview accordée à Kitco News, Michele Schneider, stratège en chef des marchés chez MarketGauge, a déclaré que, avant les frappes de missiles des États-Unis durant le week‑end, elle ne s'attendait pas à ce qu'il y ait suffisamment d'élan pour que les cours de l'or franchissent le niveau de résistance à $5,400.

Elle s'attendait également à ce que les gains de l'argent restent limités sous $100.

Après une pression vendeuse significative ayant suivi l'atteinte de leurs niveaux de résistance respectifs, les cours de l'or ont testé le support à $5,000 l'once, et l'argent est brièvement tombé sous $80 l'once.

Malgré un rebond depuis les plus bas récents, Schneider estime que la volatilité actuelle des cours est le signe d'une phase plus large de consolidation. 

Elle pense que la prochaine direction significative du marché sera moins dictée par des événements géopolitiques immédiats et davantage par des changements fondamentaux et structurels survenant dans les marchés financiers.

« La seule réserve serait si cela évoluait vers un conflit beaucoup plus vaste et prolongé, auquel cas tout serait remis en question. Je pense que nous verrions des prix du pétrole bien plus élevés et des prix de l'or et de l'argent beaucoup plus élevés », a‑t‑elle déclaré.

Le contrat or COMEX s'est négocié pour la dernière fois à $5,183.66 l'once, en hausse de 1 %, tandis que l'argent était à $84.805 l'once, en hausse de 2 % par rapport à la clôture précédente. 

L'or est devenu plus abordable pour les acheteurs utilisant d'autres devises alors que le dollar américain reculait depuis le plus haut en plus de trois mois atteint plus tôt cette semaine.

Les tensions géopolitiques s'intensifient

Parallèlement, le conflit entre les États‑Unis et l'Iran s'est nettement intensifié mercredi.

L'escalade a suivi le naufrage par un sous‑marin américain d'un navire de guerre iranien près du Sri Lanka, qui a fait au moins 80 morts, et la destruction par l'OTAN d'un missile balistique iranien dirigé vers la Turquie.

Cette nette extension du conflit intervient cinq jours après le début d'une campagne militaire menée par les États‑Unis et Israël qui a tué des centaines de personnes et déstabilisé les marchés mondiaux. 

De plus, l'émergence du puissant fils du défunt dirigeant suprême iranien comme successeur potentiel suggère que Téhéran est peu susceptible de céder sous la pression.

L'or, valeur refuge traditionnelle, a vu sa valeur augmenter d'environ 20 % cette année, atteignant des records consécutifs.

Cette envolée s'inscrit dans un contexte d'instabilité politique et économique mondiale accrue.

Dans une actualité connexe, le président américain Donald Trump a officiellement nommé l'ancien gouverneur de la Réserve fédérale Kevin Warsh pour être le prochain président de la banque centrale américaine. 

Cette nomination rapproche le président d'un chef de la Fed susceptible de favoriser des baisses de taux d'intérêt.

Les anticipations du marché, selon l'outil FedWatch du CME Group, sont que la Fed maintienne les taux d'intérêt inchangés le 18 mars.

Les investisseurs se concentrent actuellement sur des publications de données économiques clés : les demandes d'allocations chômage hebdomadaires aux États‑Unis attendues plus tard dans la journée, et le rapport sur l'emploi aux États‑Unis pour février attendu vendredi.

Risque lié à l'attrait des obligations

Schneider a souligné que l'attrait des marchés obligataires constitue le risque le plus important à court terme pour l'or et l'argent. 

Selon elle, la baisse des rendements des Treasuries à 10 ans sous 4 % la semaine dernière suggère que les investisseurs réévaluent leurs stratégies d'allocation de capital face à l'incertitude macroéconomique actuelle.

Compte tenu des inquiétudes croissantes concernant les marchés du crédit et la stabilité des systèmes financiers mondiaux, Schneider a observé que les marchés obligataires pourraient commencer à jouer un rôle d'abri alternatif.

« Ce que je pense voir émerger, c'est un changement de paradigme », a‑t‑elle déclaré. « Les spéculateurs et les opérateurs obligataires pourraient commencer à considérer les obligations comme filet de sécurité davantage que l'or. »

Schneider a expliqué que ce changement provient d'une inquiétude croissante concernant le système de crédit et de la possibilité que les gouvernements privilégient la stabilité financière plutôt que les efforts anti‑inflationnistes si la situation économique venait à se détériorer.