Invezz

Pétrole: près de 120 $ après la fermeture d'Ormuz et la baisse de l'OPEP

Pétrole: près de 120 $ après la fermeture d'Ormuz et la baisse de l'OPEP
Ananthu C U
09 mars 2026, 05:43 AM
  • Le pétrole dépasse 115 $ alors que la guerre en Iran perturbe les flux dans le détroit d'Ormuz.
  • Les réductions de production au Moyen‑Orient renforcent les craintes d'approvisionnement sur le marché pétrolier mondial.
  • La flambée de l'énergie ravive les inquiétudes inflationnistes dans les économies mondiales.

Les prix mondiaux du pétrole ont fortement augmenté pendant le week-end alors que l'escalade du conflit au Moyen-Orient a perturbé la production et les routes maritimes, plongeant les marchés de l'énergie dans la tourmente et ravivant la crainte d'un choc inflationniste plus large.

Le Brent a grimpé jusqu'à 29 % pour atteindre 119,50 $ le baril, marquant sa plus forte variation intrajournalière depuis avril 2020.

Au moment de la rédaction, le Brent se négociait à 115,99 $.

Le West Texas Intermediate a bondi d'environ 26 %, faisant passer les cours au‑dessus de 115 $ le baril.

Le rallye reflète des inquiétudes croissantes concernant des perturbations d'approvisionnement alors que le détroit d'Ormuz — voie de transit pétrolière mondiale critique — reste effectivement fermé en raison de la guerre en Iran.

La hausse fait suite à plus d'une semaine d'escalade militaire après que des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran ont déclenché des menaces de représailles et une instabilité généralisée des infrastructures énergétiques de la région.

La fermeture du détroit d'Ormuz ébranle les marchés de l'énergie

Le détroit d'Ormuz transporte normalement environ un cinquième de l'approvisionnement pétrolier mondial, ce qui en fait l'un des points de goulet d'étranglement les plus importants du commerce énergétique mondial.

L'arrêt du trafic des pétroliers à travers ce passage étroit a gravement perturbé les expéditions de pétrole en provenance des principaux producteurs.

Le Koweït, cinquième producteur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, a annoncé des réductions préventives de sa production pétrolière et de l'activité de ses raffineries alors que les installations de stockage se remplissaient en raison des routes d'exportation bloquées.

Les Émirats arabes unis ont également commencé à réduire la production offshore, les barils s'accumulant sans routes d'exportation disponibles.

L'Irak, deuxième producteur de l'OPEP, a été contraint de réduire sensiblement sa production.

La production de ses trois principaux gisements du Sud a chuté d'environ 70 % pour atteindre environ 1,3 million de barils par jour, contre environ 4,3 millions de barils par jour avant la guerre, selon des responsables du secteur.

Les analystes avertissent que la perturbation pourrait s'intensifier dans les prochains jours si les goulots d'étranglement logistiques persistent.

Les coupures de production au Moyen‑Orient pourraient s'étendre à plus de 4 millions de barils par jour d'ici la semaine prochaine, à mesure que les stocks se remplissent et que les voies d'exportation restent contraintes, ont indiqué les analystes de JPMorgan dans une note.

Les inquiétudes d'inflation mondiales s'intensifient

La forte envolée des prix de l'énergie se répercute déjà sur les marchés mondiaux.

Aux États‑Unis, les prix de l'essence à la pompe ont grimpé pour atteindre leur plus haut niveau depuis août 2024.

La hausse du coût des carburants pourrait compliquer la politique économique et poser des défis politiques à l'approche des prochaines élections de mi‑mandat aux États‑Unis.

Des gouvernements en Asie et en Europe ont commencé à envisager des mesures pour limiter l'impact de la flambée des prix de l'énergie.

La Chine aurait ordonné aux principaux raffineurs de suspendre les exportations de diesel et d'essence, tandis que la Corée du Sud examine la possibilité d'introduire un plafond du prix du pétrole pour la première fois depuis trois décennies.

Les indicateurs de marché signalent également un resserrement des conditions d'approvisionnement.

Le "prompt spread" du Brent — l'écart entre ses deux contrats à terme les plus proches — s'est élargi à 8,59 $ le baril en situation de backwardation, contre seulement 62 cents un mois plus tôt.

Les analystes estiment que la perception du marché a rapidement changé à mesure que le conflit se prolonge.

Les tensions politiques maintiennent les marchés sur le qui‑vive

La situation géopolitique continue d'évoluer à mesure que le conflit s'étend dans la région.

Plus d'une douzaine de pays ont été entraînés dans la crise, et le président américain Donald Trump a évoqué la possibilité de nouvelles actions militaires.

Dans un message sur les réseaux sociaux, Trump a qualifié la flambée des prix du pétrole de coût temporaire du conflit.

Une hausse des "prix du pétrole à court terme" était un "prix très faible à payer" pour détruire la menace nucléaire iranienne, a déclaré Trump, ajoutant que les prix baisseront rapidement "lorsque la destruction de la menace nucléaire iranienne sera terminée."

Parallèlement, les États‑Unis ont commencé à évacuer du personnel diplomatique de certaines zones du Moyen‑Orient en raison des risques pour la sécurité, tandis que l'Arabie saoudite a intercepté des drones ciblant des infrastructures pétrolières majeures, notamment le champ pétrolier de Shaybah.

Le secrétaire à l'Énergie Chris Wright a déclaré que le trafic de pétroliers dans le détroit d'Ormuz pourrait reprendre une fois la menace pesant sur les voies maritimes éliminée.

« Nous ne sommes pas loin du moment où l'on verra une reprise plus régulière du trafic de navires dans le détroit d'Ormuz », a déclaré Wright dans une interview à CNN. « Nous n'en sommes pas du tout au trafic normal actuellement. Cela prendra du temps. Mais, encore une fois, dans le pire des cas, ce sont quelques semaines, ce ne sont pas des mois. »

Malgré ces assurances, les marchés restent extrêmement sensibles à l'évolution du conflit, les opérateurs surveillant de près tout signe susceptible d'indiquer une intensification supplémentaire des perturbations d'approvisionnement.