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Comment l'Iran maintient-il sa machine de guerre en marche malgré une inflation de 48 % ?

  • Le Corps des Gardiens de la Révolution (IRGC) contrôle environ 50 % des revenus pétroliers, finançant la guerre indépendamment de l'économie.
  • La fermeture d'Ormuz a entraîné un effondrement du trafic de 94 % et les prix du gaz en Europe ont presque doublé.
  • La capacité des États‑Unis à couper le corridor pétrolier Chine‑Iran déterminera l'issue.

La plupart des reportages sur la guerre en Iran mettent l'accent sur les missiles, les cibles militaires et le bilan humain.

Mais la question la plus pertinente — que peu posent correctement — est la suivante : comment un pays affichant 48 % d'inflation, une monnaie qui a perdu 99 % de sa valeur en dix ans, et des coupures de courant quotidiennes parvient-il encore à maintenir une guerre ?

La réponse en dit long sur la trajectoire future du conflit — et sur ce que cela implique pour les marchés mondiaux de l'énergie.

L'effondrement économique de l'Iran n'a pas commencé le 28 février 2026.

Au moment où les États‑Unis et Israël ont lancé leurs premières frappes, le pays était déjà enlisé dans ce que le FMI et la Banque mondiale avaient décrit indépendamment comme la pire période économique de son histoire moderne.

Le PIB était passé d'environ 600 milliards de dollars en 2010 à un niveau estimé à 356 milliards de dollars en 2025.

Le rial a franchi le seuil de 1 000 000 pour un dollar américain en mars 2025, en faisant à ce moment‑là la monnaie la moins cotée au monde. L'inflation a atteint 48,6 % en octobre 2025.

La Banque mondiale prévoyait une contraction supplémentaire du PIB de 1,7 % en 2025 et de 2,8 % en 2026, environ trois millions d'Iraniens supplémentaires devant tomber sous le seuil de pauvreté d'ici 2027.

Le ministère du Bien‑être social avait déjà reconnu que 57 % des Iraniens souffraient d'une forme de malnutrition.

La moitié de la capacité industrielle du pays était à l'arrêt — non pas en raison de dégâts causés par des frappes aériennes, mais en raison de coupures de courant rotatives de trois à quatre heures par jour depuis début 2025.

L'amère ironie est que l'Iran détient environ 10 % des réserves pétrolières prouvées mondiales et 15 % des réserves gazières.

La crise de l'énergie n'a jamais été une question de ressources, mais de gouvernance et d'échec des investissements — aggravés par des décennies de sanctions, de corruption et une direction qui n'a cessé de promettre une « économie de la résistance » sans jamais en créer une.

La facture des importations de l'Iran a atteint 72 milliards de dollars au titre de l'exercice clos en mars 2025 — soit une hausse de 65 % par rapport à 2017, la dernière année complète de détente significative des sanctions.

Les entreprises thésaurisaient des stocks comme couverture contre l'inflation en convertissant des devises étrangères en biens, rendant de plus en plus difficile pour la banque centrale de défendre le rial et déclenchant un cercle vicieux dont elle ne pouvait se dégager.

D'où vient l'argent de la guerre ?

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) contrôle environ la moitié des revenus des exportations pétrolières de l'Iran.

Ce chiffre est central pour comprendre pourquoi l'économie civile et la machine de guerre fonctionnent désormais comme deux systèmes séparés. L'un s'effondre ; l'autre non.

Le pétrole iranien continue d'affluer vers la Chine.

Depuis le début des frappes le 28 février, environ 11,7 millions de barils de brut iranien ont atteint des raffineries chinoises d'ici le 15 mars, selon des données de suivi des pétroliers.

Tous ont été réglés en dehors du système en dollars américains via une flotte fantôme — transpondeurs désactivés, pavillons modifiés et GPS falsifiés.

Les raffineries indépendantes chinoises dites « teapot » traitent la majeure partie de ce brut via un réseau largement isolé des canaux bancaires internationaux.

La décote de 8 à 10 dollars le baril offre à Pékin une incitation commerciale nette à maintenir l'arrangement, même s'il appelle publiquement à la désescalade.

L'accord de coopération de 25 ans et 400 milliards de dollars entre Pékin et Téhéran, signé en 2021, couvre l'énergie, la banque et les infrastructures. Cet investissement ne disparaît pas du jour au lendemain.

Si la Chine n'appuiera pas ouvertement l'Iran militairement, elle a un intérêt marqué à ce que Téhéran reste suffisamment opérationnel pour continuer à fournir du brut à prix réduit.

Le détroit d'Ormuz : la véritable arme financière de l'Iran

Les reportages actuels sur la crise d'Ormuz tendent à l'encadrer comme un problème purement militaire ou lié au transport maritime. En réalité, c'est aussi un instrument financier sophistiqué.

Dans la première quinzaine de mars 2026, seulement 77 navires ont transité par le détroit — contre 1 229 un an plus tôt, soit un effondrement du trafic de 94 %.

L'International Group of P&I Clubs, qui assure 90 % du tonnage mondial de navigation, a retiré la couverture pour les navires traversant le détroit.

Lorsque l'assurance maritime disparaît, le système d'expédition libellé en dollars ne devient pas seulement plus coûteux — il se fragmente.

Fait crucial, l'Iran ne s'est pas fermé le détroit. Son pétrole continue d'y transiter vers la Chine.

Ce que Téhéran a fait, c'est rendre incertaines les règles de passage pour tous les autres — une ambiguïté presque aussi perturbatrice économiquement qu'un blocus total.

Le Brent a bondi d'environ 15 % dans les premiers jours du conflit, atteignant 120 dollars le baril à mesure que la guerre s'intensifiait.

L'OMC estime que si les prix élevés de l'énergie persistent en 2026, ils pourraient réduire la croissance mondiale du PIB de 0,3 point de pourcentage.

Les indices gaziers européens ont presque doublé, poussant la BCE à reporter des baisses de taux prévues. Pendant ce temps, l'inflation au Royaume‑Uni devrait désormais dépasser 5 %.

L'Iran intériorise son infériorité militaire tout en externalisant la douleur économique.

N'étant pas en mesure d'égaler militairement les États‑Unis et Israël, il rend plutôt la guerre suffisamment coûteuse pour autrui afin que s'exerce une pression externe en faveur de négociations.

Ce que le régime peut absorber — et ce qu'il ne peut pas ?

La République islamique a déjà survécu à de graves conditions intérieures, mais cette fois la convergence des facteurs de tension est sans précédent.

Les manifestations qui ont commencé le 28 décembre 2025 se sont étendues à l'ensemble des 31 provinces. Les vagues antérieures de troubles en 2019 et 2022 avaient été contenues par des coupures d'internet et des répressions musclées.

Ces tactiques sont à nouveau utilisées, mais l'ampleur et la persistance des manifestations actuelles suggèrent quelque chose de plus profond et de plus systémique.

Le pari durable du régime est que la loyauté de l'IRGC peut être assurée par des moyens financiers, alors même que la population civile endure les privations.

Ce calcul tient tant que les revenus pétroliers occultes continuent d'affluer.

Washington a tenté de renforcer l'application par des sanctions secondaires visant des entités chinoises, des saisies de pétroliers dans le cadre de l'opération Southern Spear, et des pressions sur les registres de pavillon et les assureurs.

Les données de suivi des pétroliers montrent que les importations chinoises de brut iranien s'établissaient en moyenne à environ 1,38 million de barils par jour en 2025, tombant légèrement à environ 1,13–1,20 million de barils par jour en janvier et février 2026.

Le déclin est modeste mais significatif — il témoigne d'une pression sur les marges, bien que la bouée de sauvetage reste largement intacte.

Trois scénarios, une variable

Pour les investisseurs analysant les marchés de l'énergie, le crédit souverain du Golfe ou le risque des marchés émergents, une variable déterminera la trajectoire : savoir si les États‑Unis parviennent à perturber de manière décisive le corridor pétrolier Chine–Iran.

Si tel est le cas, l'économie parallèle de l'IRGC commence à se fissurer, précipitant soit l'effondrement du régime, soit une sortie négociée.

Sinon, l'Iran peut maintenir sa campagne de pression sur Ormuz pendant des mois, maintenant les marchés européens de l'énergie sous tension pendant la saison de remplissage estivale et compliquant encore la trajectoire de politique déjà délicate de la BCE.

Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a laissé entendre à la mi‑mars 2026 que Washington pourrait envisager d'assouplir les sanctions sur une partie du pétrole iranien afin d'atténuer les pressions énergétiques mondiales.

Cette seule remarque montre que le levier joue dans les deux sens.

Le pouvoir de l'Iran ne réside pas dans sa force militaire mais dans sa volonté de brûler — économiquement et politiquement — aux côtés de ses adversaires. La seule question est de savoir lequel cédera en premier au prix de ce feu.