Trêve US-Iran déclenche un rallye mondial, mais l'incertitude freine les analystes

Trêve US-Iran déclenche un rallye mondial, mais l'incertitude freine les analystes
Vatsala Gaur
08 avr. 2026, 14:03 PM
  • Les actions mondiales bondissent dans un rallye de soulagement alors que le pétrole retombe sous $100 après le cessez‑le‑feu.
  • Les analystes signalent des risques non résolus et avertissent d’un possible renversement net si les pourparlers échouent.
  • Les secteurs les plus touchés pendant le conflit devraient mener toute reprise à court terme.

Les marchés financiers mondiaux ont fortement progressé mercredi après que les États-Unis et l’Iran se sont mis d’accord sur un cessez-le-feu temporaire de deux semaines, apaisant les craintes d’une perturbation prolongée des approvisionnements énergétiques et faisant chuter nettement les cours du pétrole.

L’annonce, qui a ravivé l’espoir d’une réouverture du détroit d’Ormuz, un axe clé du commerce pétrolier mondial, a déclenché un rallye de soulagement généralisé sur les actions, les obligations et les matières premières.

Le cessez-le-feu reste cependant conditionnel et fragile, les investisseurs surveillant de près les développements au cours des deux prochaines semaines pour évaluer si un accord plus durable peut être conclu.

Trump annonce une suspension conditionnelle des hostilités

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi soir que Washington suspendrait les attaques contre l’Iran pendant deux semaines, à condition que Téhéran garantisse la réouverture du détroit d’Ormuz.

Dans un post sur les réseaux sociaux, Trump a écrit que « sous réserve que la République islamique d’Iran accepte l’OUVERTURE COMPLÈTE, IMMÉDIATE ET SÛRE du détroit d’Ormuz, j’accepte de suspendre le bombardement et les attaques contre l’Iran pour une période de deux semaines. »

Il a ajouté : « Ce sera un CESEZ‑LE‑FEU bilatéral ! »

Trump a indiqué que les États-Unis avaient reçu une proposition en dix points de la part de l’Iran et estimé « qu’il s’agit d’une base de travail pour négocier », ajoutant que la fenêtre de deux semaines permettrait de « finaliser et concrétiser » un accord.

L’annonce est intervenue quelques heures seulement avant une échéance fixée par le président américain, marquant un net changement par rapport à la rhétorique antérieure qui avait averti d’une escalade sévère en cas de non‑conformité de l’Iran.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a laissé entendre une volonté de réciprocité.

Il a déclaré que si les attaques cessaient, les forces armées iraniennes « cesseraient leurs opérations défensives ».

« Pendant une période de deux semaines, le passage sûr par le détroit d’Ormuz sera possible via une coordination avec les forces armées iraniennes et en tenant compte des limitations techniques », a‑t‑il ajouté.

Les prix du pétrole chutent, déclenchant un rallye mondial

L’apaisement des tensions a provoqué une forte baisse des cours du pétrole, les contrats à terme Brent et WTI retombant bien en dessous de $100 le baril.

Étant donné qu’environ un cinquième du commerce pétrolier mondial transite par le détroit d’Ormuz, le cessez‑le‑feu a réduit les craintes de chocs d’offre qui dominaient les marchés depuis le début du conflit.

Presque tous les actifs mondiaux ont été focalisés sur le cours du pétrole depuis le début de la guerre en Iran ; le repli des prix du brut a donc aidé les principaux marchés à récupérer environ la moitié de leurs pertes liées à la période du conflit.

Les marchés asiatiques et européens s’envolent, les États‑Unis doivent ouvrir en hausse

Les marchés actions en Asie et en Europe ont enregistré de solides gains.

La Corée du Sud a mené le rallye, le Kospi clôturant en hausse de 7 %, tandis que Samsung Electronics et SK Hynix ont bondi de 7 % et 13 %, respectivement.

Le Nikkei 225 du Japon a progressé de plus de 5 %, tandis que l’indice S&P/ASX 200 australien a gagné 2,6 %.

En Chine, le CSI 300 a progressé de 2,76 % et l’indice Hang Seng de Hong Kong a gagné 2,87 %.

Les marchés européens ont suivi. Le DAX allemand a bondi de 5,2 % à 24 118, le CAC français a gagné plus de 4 %, le FTSE MIB italien a pris 3,7 % et l’Ibex espagnol a grimpé de 3,5 %.

Le FTSE 100 britannique a progressé de 2,6 % à 10 615, son plus haut niveau depuis début mars.

Les contrats à terme américains pointaient également vers la hausse, les contrats E‑mini S&P 500 gagnant 2,7 %, les contrats Dow en hausse de 2,5 % et les contrats Nasdaq 100 progressant de 3,5 %.

En Inde, les indices de référence ont bondi de près de 4 %, prolongeant les gains pour une cinquième séance consécutive.

Les rendements des bons du Trésor à court terme ont diminué, reflétant un apaisement des inquiétudes inflationnistes lié à la baisse des prix de l’énergie.

Les contrats sur les taux d’intérêt indiquent que les investisseurs s’attendent désormais à ce que la Réserve fédérale maintienne les coûts d’emprunt inchangés cette année.

Les gagnants et perdants aux États‑Unis

Les valeurs énergétiques américaines ont reflété la baisse des cours du pétrole à l’échelle mondiale, reculant fortement en préouverture.

Exxon Mobil a reculé de 5,6 %, Chevron a perdu 4,7 % et Occidental Petroleum a chuté de 7,1 %.

En revanche, les titres du secteur du voyage et des loisirs ont progressé, stimulés par l’assouplissement des tensions géopolitiques.

American Airlines et United Airlines ont gagné 8,6 % et 9,8 % respectivement, tandis que les compagnies de croisière Carnival et Norwegian Cruise Line ont pris 10,2 % et 8,8 %.

Les grandes banques ont aussi progressé, JPMorgan Chase, Bank of America et Wells Fargo s’appréciant chacune de plus de 2,4 %.

Pourquoi les analystes appellent à la prudence pour les investisseurs

Malgré le fort rallye, les analystes ont averti que les marchés pourraient inverser la tendance si le cessez‑le‑feu ne tenait pas.

« Le rallye devra être soutenu par des progrès tangibles dans les négociations pour perdurer. La question sous‑jacente de savoir si l’Iran rouvrira définitivement le détroit d’Ormuz et si un accord durable peut être trouvé reste très loin d’être résolue », a déclaré Josh Gilbert, analyste de marché chez eToro.

« Si les deux semaines s’écoulent sans accord, attendez‑vous à un net et impitoyable renversement de ce rallye de soulagement. »

Les analystes de Raymond James ont qualifié le cessez‑le‑feu de « clair positif à court terme, surtout après une rhétorique de plus en plus extrême », mais ont mis en garde contre d’importants désaccords persistants.

Ils ont pointé un « large fossé » entre les positions américaine et iranienne sur des questions clés comme l’enrichissement d’uranium, suggérant que les tensions pourraient perdurer même si les hostilités sont suspendues.

Fabian Yip, analyste de marché chez IG, a également appelé à la retenue.

« Les investisseurs doivent résister à la tentation de considérer cela comme un signal d’absolution. Plusieurs contraintes structurelles limiteront l’ampleur de toute reprise. Le cessez‑le‑feu est temporaire et les détails restent parcimonieux », a‑t‑il dit.

Perspectives économiques et de marché possibles

Pour l’avenir, les analystes s’attendent à ce que les secteurs les plus touchés pendant le conflit mènent toute reprise à court terme.

Yip a déclaré que les valeurs des matériaux et de la technologie pourraient surperformer lors du rallye de soulagement, tandis que les titres énergétiques pourraient rendre une partie de leurs gains antérieurs à mesure que les craintes d’approvisionnement s’estompent.

Neil Shearing, économiste en chef du groupe chez Capital Economics, a estimé que si le cessez‑le‑feu tenait, les prix du pétrole pourraient baisser mais finir l’année autour de $80 le baril.

« Dans ce scénario, les prix du pétrole diminuent mais terminent tout de même l’année à $80 le baril, l’inflation globale grimpe autour de 3‑4 % en glissement annuel aux États‑Unis et en Europe, et bien que la croissance du PIB ralentisse dans la plupart des grandes économies, les dommages économiques globaux hors de la région restent limités », a‑t‑il déclaré.

Il a ajouté que les attentes actuelles en matière de hausses de taux pourraient s’avérer excessives.

« Si les prix de l’énergie se stabilisent et que la croissance se maintient mieux que redouté, les banques centrales sont peu susceptibles d’appliquer le resserrement désormais intégré aux marchés », ce qui pourrait faire baisser les rendements obligataires et soutenir les actions.

« Les marchés actions devraient osciller en fonction des avancées dans les pourparlers au cours des prochaines semaines, mais dans notre scénario de référence, une reprise de l’appétit pour le risque pousse le S&P 500 au‑dessus de 7 000 d’ici le milieu de l’année », a‑t‑il ajouté.

Pour l’instant, les marchés semblent intégrer un optimisme prudent, la trajectoire des deux prochaines semaines déterminant probablement si le rallye actuel marque le début d’une reprise soutenue ou une accalmie temporaire dans un contexte par ailleurs volatil.