Chronique : pourquoi les marchés semblent indifférents au conflit US-Iran

Chronique : pourquoi les marchés semblent indifférents au conflit US-Iran
Invezz Team
01 juin 2026, 11:05 AM

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Long sur la tech américaine (momentum)

Acheter le Nasdaq‑100 (QQQ) ou une exposition axée sur la tech américaine. Les actions — en particulier la tech — ont fortement progressé alors même que la guerre se prolonge, et le S&P 500 a déjà retrouvé et dépassé ses précédents sommets. Le marché récompense la croissance et ignore la géopolitique, il faut donc suivre le momentum tant qu'il fonctionne.

Risque clé : Un choc macroéconomique ou sur les bénéfices qui rompe la stratégie momentum (saut des taux ou repli des résultats tech), et pas seulement des gros titres sur la guerre.

Short WTI/Brent (énergie)

Vendre des contrats à terme sur le brut WTI et/ou Brent front‑month. L'article montre que le pétrole a bondi lors du premier choc du week‑end, puis est revenu vers la moyenne pour évoluer pendant des mois dans une fourchette de 20 $ malgré le conflit et le blocage du détroit d'Ormuz. Ce schéma indique que le marché a déjà intégré le pire et négocie désormais la "range", plutôt que le risque d'escalade du conflit.

Risque clé : Une sortie soutenue du pétrole au‑dessus de la fourchette récente (par exemple, une nouvelle perturbation du transport maritime ou un choc d'offre plus large au Moyen‑Orient) qui impose un nouveau régime de prix à la hausse.

  • Les marchés se sont rapidement remis des craintes initiales liées à la guerre et ont repris de la hausse.
  • Le pétrole a brièvement bondi, mais les actifs financiers plus larges sont restés résilients.
  • Les investisseurs semblent focalisés sur les opportunités de croissance malgré le conflit en cours.

Quelle importance la guerre entre les États-Unis et l'Iran a‑t‑elle pour les investisseurs ? À en juger par les marchés financiers, elle semble n'avoir aucune importance.

Sauf peut‑être lorsqu'on l'invoque pour expliquer le comportement du marché.

Pour rappel, elle a commencé par une attaque conjointe américano-israélienne contre l'Iran fin février.

La nouvelle a quelque peu pris les investisseurs au dépourvu, d'autant plus qu'elle est survenue pendant le week-end. Les prix du pétrole ont été déterminants.

Ils avaient plus ou moins chuté de façon régulière depuis leur pic autour de 130 $ (front‑month WTI) peu après l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, avant d'atteindre un creux juste en dessous de 55 $ le baril en décembre dernier.

Les prix du pétrole avaient commencé à remonter plus tôt cette année pour se négocier autour de 67 $ juste avant le déclenchement des hostilités.

Ils ont connu un gap à la hausse (d'environ 7 $) à la réouverture des marchés le dimanche soir suivant l'attaque initiale.

Mais il a ensuite fallu une semaine entière avant que le pétrole ne dépasse 115 $, puis ne se retourne brutalement.

Selon la mesure retenue — Brent ou WTI, front‑month ou contrat à prix continu — cela a en grande partie marqué le point haut des cours du pétrole.

Depuis, il a passé la majeure partie du temps à évoluer dans une fourchette de 20 $.

En ce qui concerne le dollar américain, les commentaires ont été nombreux sur la façon dont le billet vert a profité d'un mouvement de 'flight to quality', les investisseurs cherchant la sécurité d'un marché profond et liquide où placer leurs fonds.

Il a fallu environ quinze jours pour que le Dollar Index au comptant repasse brièvement au‑dessus de 100,00 depuis environ 97,45 avant le déclenchement des hostilités. Il est actuellement autour de 99,00, soit une hausse d'environ 1,6 % par rapport aux niveaux d'avant‑guerre.

Ce n'est pas un mouvement énorme. Pourtant il a suffi à expliquer la baisse de l'or (18 %) et de l'argent (25 %) depuis les sommets du début mars.

C'est une piètre performance pour ces deux métaux précieux, étant donné qu'ils sont généralement considérés comme les refuges ultimes en période de crise.

Mais s'agit‑il uniquement de la force du dollar ? Peu probable. Il faut y ajouter la perte de confiance qui a suivi l'effondrement des deux métaux précieux après leurs rallyes paraboliques fin janvier.

Et les actions ? Concentrons‑nous sur le S&P 500 américain. Le S&P a perdu 8 % en mars, atteignant précisément un creux le dernier jour du mois.

Depuis, il a fortement rebondi. Il a fallu environ une semaine pour retrouver les niveaux d'avant‑guerre, puis une autre pour dépasser son précédent record historique de la fin janvier, juste au‑dessus de 7 000.

Depuis, il a pris environ 8 %. Cela s'est produit malgré le fait que la guerre s'apprête à entrer dans son quatrième mois.

Rappelons que le consensus initial était que tout serait réglé d'ici la mi‑avril.

Au moment où j'écris ceci, les indices boursiers américains flambent de nouveau sur des rumeurs selon lesquelles les États‑Unis et l'Iran auraient conclu un accord, et qu'il ne manquerait plus que la signature du président Trump.

De bonnes nouvelles, en effet, si c'est vrai. Mais ce n'est pas la première fois que la paix est promise pour finalement voir les espoirs déçus.

Pourtant ces déceptions n'ont pas entamé le sentiment positif.

Il se peut que les ambitions nucléaires du régime iranien aient été contraintes, ainsi que sa capacité à soutenir et exporter le terrorisme.

Mais le détroit d'Ormuz est pratiquement bloqué depuis trois mois maintenant.

L'installation de gaz naturel liquéfié du Qatar est fermée depuis le début de la guerre, et une grande partie des infrastructures énergétiques a été endommagée ou mise hors service.

Les stocks mondiaux de pétrole ont été puisés, et même une fois que la navigation sera autorisée à travers le détroit d'Ormuz sans entrave, il faudra des mois, voire plus, pour reconstituer les stocks et remplir à nouveau les réserves stratégiques.

Pourtant, la course haussière des actions mondiales, menée par la technologie, se poursuit.

Les investisseurs ne voient pas de fin en vue, et il y a un net sentiment de FOMO. La guerre a‑t‑elle de l'importance ? Il ne semble pas que ce soit le cas.

(Il s'agit d'une chronique publiée toutes les deux semaines par David Morrison. Il est Senior Market Analyst chez Trade Nation. Les opinions sont les siennes.)