La Banque du Canada maintient son taux à 2,75 %, mais envisage une baisse en juillet en raison des tensions commerciales croissantes

La Banque du Canada maintient son taux à 2,75 %, mais envisage une baisse en juillet en raison des tensions commerciales croissantes
Noris Soto
04 juin 2025, 19:27 PM
  • La Banque du Canada a maintenu son taux à 2,75 %, signalant une réduction si l’économie s’affaiblissait sous l’effet des tarifs américains.
  • Le gouverneur de la Banque du Canada, M. Macklem, a cité l’incertitude commerciale comme le principal risque, l’inflation et la croissance divergeant.
  • Les marchés swap voient 55 % de chances de se maintenir en juillet, bien que les économistes s’attendent à d’autres baisses cette année.

La Banque du Canada (BdC) a laissé son taux d’intérêt directeur constant à 2,75 % mercredi, faisant une pause pour la deuxième fois consécutive alors que les responsables évaluent l’impact de l’intensification des mouvements commerciaux américains sur l’économie canadienne.

Le gouverneur Tiff Macklem a déclaré que la banque centrale surveillait activement l’inflation et la croissance dans un contexte d’incertitude causée par les mesures prises par la politique commerciale des États-Unis.

« Le conflit commercial initié par les États-Unis demeure le plus grand vent contraire auquel l’économie canadienne est confrontée », a déclaré M. Macklem lors d’une conférence de presse, soulignant l’imprévisibilité des sanctions américaines.

Quelques heures à peine avant la décision, le président américain Donald Trump a augmenté les droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium canadiens à 50 %, ce qui a exercé une pression supplémentaire sur les exportateurs canadiens et alimenté les craintes d’inflation.

Exercice d’équilibre de l’inflation

La banque centrale doit trouver un équilibre difficile entre la hausse des prix et la lenteur du développement économique.

Bien que le taux d’inflation global au Canada ait chuté à 1,7 % en avril, principalement en raison de la baisse des prix de l’énergie, les indicateurs d’inflation fondamentale sont demeurés au-dessus de la fourchette cible de 1 % à 3 % de la Banque du Canada.

M. Macklem a attribué cette situation en partie à la hausse des prix des produits de base, en particulier des aliments, qui pourrait indiquer des perturbations dans les flux commerciaux.

« La hausse de l’inflation de base peut être attribuée en partie à la hausse des prix des biens, y compris les aliments, et peut refléter les effets des perturbations commerciales », a déclaré M. Macklem, notant que les entreprises et les consommateurs semblaient se préparer à de nouvelles hausses de prix.

Des enquêtes révèlent que de nombreuses entreprises visent à répercuter la hausse des coûts des intrants causée par les droits de douane.

Des baisses de taux sont toujours sur la table

Bien que la Banque du Canada ait maintenu les taux d’intérêt stables pour l’instant, M. Macklem a prévenu qu’une nouvelle baisse des taux pourrait être nécessaire si l’économie présentait des symptômes de faiblesse en réaction aux tensions commerciales prolongées et que les pressions inflationnistes restaient sous contrôle.

Pour soutenir l’économie, la banque centrale a déjà baissé son taux directeur de 225 points de base au cours des neuf derniers mois.

« Il y avait un consensus clair pour maintenir la politique inchangée au fur et à mesure que nous obtenons plus d’informations », a déclaré M. Macklem aux journalistes. Toutefois, il a souligné que les membres acceptaient la possibilité de nouvelles mesures de relance si l’incertitude persistait.

Les marchés sont divisés sur la question de savoir si la Banque du Canada réduira ses activités lors de sa prochaine réunion le 30 juillet, les marchés des swaps évaluant à 55 % la possibilité d’une autre suspension.

Les économistes, quant à eux, penchent pour une réduction d’un quart de point, en particulier si les pertes d’emplois persistent et que l’inflation non tarifaire diminue.

La croissance économique s’essouffle

La croissance du Canada au premier trimestre a surpris à la hausse, mais les tendances sous-jacentes restent faibles. Les investissements des entreprises et les dépenses intérieures ont été faibles, et M. Macklem s’attend à ce que la croissance au deuxième trimestre soit « considérablement plus faible ».

La banque disposera de deux mois supplémentaires de données sur l’inflation et d’un chiffre du PIB avant de prendre sa prochaine décision sur les taux, qui sera suivie d’un nouveau rapport sur la politique monétaire.

Alors que la Banque du Canada avait décrit deux scénarios de croissance en avril, l’un avec un impact mineur des tarifs douaniers et l’autre supposant une guerre commerciale mondiale et une récession à part entière, M. Macklem a fait remarquer que la probabilité du second a légèrement diminué. Cependant, une incertitude résiduelle continue d’obscurcir la situation.

Malgré les vents contraires, le dollar canadien reste ferme

Malgré l’incertitude, la devise canadienne s’est appréciée après la décision sur les taux. Le dollar canadien a augmenté de 0,14 % à 1,3698 contre le dollar américain, soit environ 73 cents.

Les économistes prévoient deux à trois baisses de taux supplémentaires en 2025, ce qui pourrait abaisser le taux de référence à environ 2 % d’ici la fin de l’année.

Beaucoup dépendra de l’avenir des liens commerciaux avec les États-Unis, de la dynamique de l’inflation et de la résilience de l’économie nationale.

D’ici là, la Banque du Canada devrait rester prudente, orienter sa politique en fonction des données entrantes et éviter les indications prospectives dans ce que M. Macklem a décrit comme un environnement externe « hautement imprévisible ».