Le départ de Luca de Meo, PDG de Renault, assombrit les plans de croissance et suscite l’incertitude des investisseurs
- Le cours de l’action Renault a presque doublé sous de Meo, et une stratégie de croissance à moyen terme devait être dévoilée plus tard.
- Les analystes disent que le départ survient à un moment où l’entreprise était en transition vers son plan de croissance ; incertitude attendue
- Des prétendants internes et externes sont envisagés pour le poste le plus élevé.
La démission de Luca de Meo, PDG de Renault Group, après un mandat de cinq ans qui a permis au constructeur automobile français de traverser une phase de reprise critique, est susceptible de provoquer des incertitudes à court terme et de poser des questions sur sa transition d’une restructuration à une phase de croissance, selon les analystes.
Dans une annonce surprise faite dimanche soir, Renault a confirmé que de Meo restera à son poste jusqu’au 15 juillet 2025, et a déjà initié la recherche de son successeur.
L’annonce a fait chuter ses actions de 8 % à l’ouverture lundi, sa plus forte baisse en pourcentage sur une journée depuis février 2022, mais l’action était de retour dans le vert mardi.
De nombreux rapports suggèrent que le dirigeant italien prendra bientôt la direction du conglomérat de luxe français Kering, qui possède des marques telles que Gucci et Balenciaga.
Cette décision marque un changement significatif de l’industrie automobile vers la vente au détail de luxe, et soulève des questions sur l’orientation future de Renault à un moment où l’entreprise sortait tout juste de la crise.
Le mandat transformateur de Luca de Meo chez Renault et l’impact probable de son départ
Le départ du PDG de Meo intervient à un moment charnière.
Lorsqu’il a pris la tête du pays à la mi-2020, Renault était sous le choc d’une perte record au premier semestre et subissait un effort de restructuration drastique qui comprenait des plans de suppression de 15 000 emplois.
Depuis, le cours de l’action Renault a presque doublé, ses marges bénéficiaires ont atteint des niveaux records et sa gamme a été considérablement remaniée.
La gamme Renault a été « complètement transformée » sous De Meo, a écrit Stephen Reitman, analyste boursier chez Bernstein avec l’équivalent d’une note d’achat sur l’action.
Il a qualifié le départ du PDG de choc et de « coup dur pour Renault ».
À ce vide de leadership s’ajoute la démission anticipée du directeur financier Thierry Pieton, un autre dirigeant très respecté.
Les analystes de Citi ont reconnu les solides fondamentaux de Renault - des flux de trésorerie disponibles sains, un pipeline de produits solide et une rentabilité améliorée - mais ont averti que les deux sorties introduisaient une couche d’incertitude indésirable.
Ils ont déclaré qu’avec Renault qui doit achever son plan de restructuration et passer à un nouveau plan de croissance, l’incertitude de la direction arrive à un « moment peu utile ».
« Alors que nous continuons de croire que les bénéfices de Renault peuvent être plus élevés plus longtemps, avec des risques limités en provenance de Chine et des droits de douane, et que les actions sont proches de leur plus bas niveau de l’année maintenant, il est inévitable que cela fasse réfléchir les investisseurs à deux fois », ont-ils déclaré.
La sortie va-t-elle remodeler la stratégie de croissance à moyen terme de Renault ?
Alors que son plan de restructuration est en voie d’achèvement, Renault devrait dévoiler une nouvelle stratégie de croissance à moyen terme d’ici la fin de l’année.
La feuille de route devait se concentrer sur l’innovation des produits, l’expansion des opérations et l’expansion au-delà de la construction automobile traditionnelle.
Cependant, les sorties soudaines au sommet pourraient obliger à repenser la situation.
« Le départ du PDG de Renault pourrait créer une certaine incertitude à court terme jusqu’à ce qu’un remplaçant soit annoncé », a écrit David Lesne, analyste d’UBS.
« Ce départ signifie que d’ici cinq mois, le PDG et le directeur financier auront quitté l’entreprise pour des opportunités en dehors du secteur automobile. Les deux ont été considérés par les investisseurs comme parmi les meilleurs de l’industrie", a-t-il déclaré, ajoutant qu’il resterait à voir si son plan à moyen terme sera modifié par un nouveau PDG.
Les investisseurs, déjà nerveux face à la concurrence mondiale des véhicules électriques et aux tensions géopolitiques, pourraient devenir encore plus prudents, selon les experts.
Malgré de solides performances post-pandémie, Renault reste confronté à des vents contraires structurels, allant du coût élevé de la transition vers les véhicules électriques aux frictions commerciales croissantes et aux mesures agressives de ses rivaux chinois sur le marché européen.
Début de la recherche du successeur de de Meo
L’attention se tourne maintenant vers qui prendra la place de de Meo.
Deux grands noms ont émergé : Denis Le Vot, un dirigeant de longue date de Renault qui dirige actuellement sa marque Dacia à bas prix, et Maxime Picat, qui supervise actuellement les chaînes d’approvisionnement mondiales de Stellantis.
Les deux hommes sont considérés comme des candidats crédibles ayant fait leurs preuves en matière de performance de marque.
Le Vot, connu pour son travail sur les marchés émergents et chez Nissan, partenaire de l’alliance, a contribué à la prospérité de Dacia, ses modèles Sandero et Duster se classant régulièrement parmi les meilleures ventes en Europe.
Picat, quant à lui, était auparavant à la tête de Peugeot et a joué un rôle clé dans le lancement de ses SUV les plus vendus.
Les analystes de Kepler Cheuvreux et de JP Morgan considèrent que les candidats internes et externes sont plausibles, y compris des dirigeants chevronnés de Stellantis, du groupe VW ou même de Nissan.
Alors que Renault a refusé de commenter le processus de succession, des sources proches de Stellantis ont indiqué que Picat, après avoir raté le poste de PDG de son employeur actuel, pourrait être ouvert à des discussions.
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