La BCE hausse ses taux pour peser la consommation de la zone euro jusqu’en 2030 malgré un cycle d’assouplissement

La BCE hausse ses taux pour peser la consommation de la zone euro jusqu’en 2030 malgré un cycle d’assouplissement
Noris Soto
18 juin 2025, 18:05 PM
  • Les paiements hypothécaires freineront la consommation de la zone euro jusqu’en 2030, malgré les baisses de taux de la BCE.
  • Un titulaire de prêt hypothécaire sur cinq sera confronté à des paiements plus élevés, car les prêts à taux fixe seront réinitialisés à des niveaux d’intérêt élevés.
  • C’est en Espagne et en Italie que sont les ménages aux faibles revenus bénéficiant de prêts à taux variable, qui seront les plus durement touchés.

Même après que la Banque centrale européenne (BCE) a commencé à baisser les taux d’intérêt, les ménages de la zone euro « continueront de payer le prix » de la flambée des remboursements hypothécaires au cours des cinq prochaines années, selon une nouvelle étude de la BCE publiée mercredi.

Selon Reuters, dans le but de soutenir l’économie en difficulté de la zone euro, la BCE a réduit ses coûts d’emprunt pour la huitième fois en 12 mois, réduisant son taux directeur à 2 %.

Cependant, cette mesure n’allégerait pas immédiatement la pression sur le budget des ménages. La décision de la banque centrale de relever les taux d’intérêt de -0,5 % à 4,0 % en moins d’un an pour lutter contre la hausse de l’inflation a entraîné une période prolongée de prix d’emprunt élevés.

Réinitialisation du prêt pour augmenter les mensualités

Selon l’évaluation de la BCE, un nombre croissant de détenteurs de prêts hypothécaires de la zone euro seront confrontés à des mensualités plus élevées dans les années à venir.

Cela est dû en partie à la nature de nombreux prêts hypothécaires existants, qui ont des taux fixes pendant une période limitée avant de passer à des taux variables en fonction des conditions actuelles du marché.

À mesure que ces prêts seront réinitialisés aux taux d’intérêt actuels plus élevés, les budgets des ménages seront soumis à une pression accrue.

Selon l’analyse, environ 10 % des emprunteurs hypothécaires de la zone euro verront leurs taux révisés dans les trois prochaines années, et environ 20 % d’ici 2030.

Étant donné qu’un ménage sur quatre dans la zone euro a un prêt immobilier, les conséquences devraient se propager à l’ensemble de l’économie de la région.

Impact à long terme sur les dépenses de consommation

La hausse des paiements hypothécaires devrait avoir un impact considérable sur les dépenses de consommation, un moteur crucial du développement économique de la zone euro.

La BCE s’attend à ce que l’effet cumulé de ses récentes hausses de taux réduise la croissance de la consommation de 1 point de pourcentage entre 2022 et 2030. Notamment, plus d’un tiers de l’impact négatif est encore à venir.

Cette pression prolongée sur la consommation est un problème important pour les décideurs. Alors que la BCE a commencé à assouplir sa politique monétaire pour soutenir la croissance, les choix précédents continuent d’avoir un impact restrictif sur les finances des ménages en raison de leur transmission tardive.

Effets disproportionnés sur les ménages à faible revenu

Le rapport met également en évidence une différence dans la façon dont la charge est divisée. Les ménages à faible revenu, en particulier ceux qui ont déjà des prêts hypothécaires à taux variable, devraient être les plus touchés.

Et les prêts hypothécaires à taux variable, qui reflètent les variations des taux d’intérêt plus immédiatement, soumettent les emprunteurs à des chocs de paiement lorsque les taux augmentent.

Ce risque est particulièrement aigu en Espagne et, dans une moindre mesure, en Italie, où plusieurs prêts hypothécaires ont des taux d’intérêt variables.

En revanche, la France et l’Allemagne ont une proportion plus élevée de prêts hypothécaires à taux fixe à long terme, ce qui contribue à protéger les emprunteurs des variations des taux d’intérêt.

Changements dans la structure des hypothèques après la crise financière

Depuis la crise financière mondiale de 2008-2009, la prévalence des prêts hypothécaires à taux fixe dans la zone euro a augmenté. De nombreux ménages qui ont souffert de l’escalade des paiements au cours de cette période souhaitaient une plus grande stabilité dans leurs conditions d’emprunt.

Si cette décision a réduit l’impact immédiat des récentes hausses de taux de la BCE, elle a également étalé les répercussions sur une plus longue période, ce qui rend les ramifications plus durables.

Malgré les efforts continus de la BCE pour renforcer l’économie de la zone euro en assouplissant la politique monétaire, les effets différés des hausses de taux précédentes continueront de réduire la consommation des consommateurs par le biais d’une augmentation des paiements hypothécaires.

Alors que de nombreux emprunteurs sont confrontés à des réinitialisations de taux et qu’une part importante de l’effet modérateur est encore à venir, la route de la BCE vers une forte reprise reste obscurcie par l’héritage de ses politiques de lutte contre l’inflation.