Apollo soutient un prêt de 4,5 milliards de livres sterling pour la centrale nucléaire retardée de Hinkley Point C

  • Apollo pourrait financer le projet à un taux d’intérêt inférieur à 7 %.
  • Les coûts de Hinkley ont grimpé à plus de 40 milliards de livres sterling.
  • CGN s’est retirée du projet en 2023 dans un contexte de tensions entre le Royaume-Uni et la Chine.

L’un des projets d’infrastructure les plus retardés et les plus coûteux de Grande-Bretagne, la centrale nucléaire de Hinkley Point C, reçoit une bouée de sauvetage financière cruciale.

Le gestionnaire d’actifs américain Apollo Global Management se préparerait à prêter 4,5 milliards de livres sterling pour combler un déficit de financement du site dans le Somerset.

Cette décision signale un changement plus large dans le modèle de financement de l’énergie du Royaume-Uni, où les infrastructures publiques à grande échelle sont de plus en plus soutenues par des capitaux d’investissement privés.

Le Financial Times a rapporté l’accord le 20 juin, et deux sources anonymes ont ensuite confirmé des détails clés à CNBC, soulignant le rôle d’Apollo dans la fourniture de dettes non garanties de qualité supérieure à un taux d’intérêt inférieur à 7 %.

Hinkley Point C fait face à de nouvelles pressions sur les coûts

Le projet Hinkley Point C, propriété d’EDF, a été affecté par la hausse des coûts et des retards répétés.

Au début de 2024, le coût estimé de l’achèvement de la station à double réacteur a dépassé les 40 milliards de livres sterling, ce qui en fait le développement nucléaire le plus coûteux de l’histoire du pays.

EDF avait été laissée seule à la charge financière après le retrait de China General Nuclear Power Corp (CGN) fin 2023.

Le départ de CGN fait suite à la décision du gouvernement britannique d’exclure la société chinoise d’un autre développement nucléaire à Sizewell, soulevant des inquiétudes géopolitiques quant à l’accès de la Chine aux infrastructures critiques.

En réponse, EDF s’est mis à la recherche de capitaux privés pour l’aider à consolider le projet. L’implication d’Apollo comble une lacune cruciale créée par le retrait de CGN, permettant à la construction de se poursuivre sans financement immédiat de l’État.

Malgré les revers, le premier réacteur de Hinkley devrait commencer à produire de l’électricité d’ici 2029.

Une fois terminé, il devrait fournir de l’énergie à six millions de foyers à travers le Royaume-Uni.

Le capital-investissement réalise des gains à long terme dans les infrastructures britanniques

La décision d’Apollo de soutenir Hinkley Point C avec des milliards de dettes non garanties souligne la confiance croissante des acteurs du capital-investissement dans le secteur des infrastructures au Royaume-Uni.

L’accord reflète également une tendance plus large : les investisseurs institutionnels cherchent de plus en plus à investir dans des actifs à long terme à forte intensité de capital comme l’énergie, les transports et le logement.

Plus tôt ce mois-ci, le président d’Apollo, Jim Zelter, a déclaré aux investisseurs que la société envisageait de déployer 100 milliards de dollars à travers l’Europe au cours de la prochaine décennie, y compris en Allemagne, où les projets de centres d’énergie et de données devraient se développer rapidement.

Le prêt Hinkley, s’il est finalisé, marquerait l’un des plus importants investissements privés dans un projet énergétique britannique d’importance nationale.

La stratégie énergétique pivote face aux risques politiques et financiers

Hinkley Point C est la première nouvelle centrale nucléaire du Royaume-Uni depuis des décennies et constitue un élément clé de la stratégie énergétique à long terme du gouvernement.

Le nucléaire reste un sujet politiquement sensible en Europe, mais l’administration actuelle a fait avancer ses plans visant à approuver davantage de projets nationaux afin de réduire la dépendance aux combustibles fossiles et aux énergies importées.

Les récentes difficultés financières à Hinkley ont également mis en évidence les risques de dépendre de partenaires étrangers, en particulier dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.

Le retrait de CGN des plans nucléaires britanniques était en partie dû à des problèmes de sécurité, ce qui a entraîné un changement de politique vers les capitaux occidentaux pour le financement d’actifs stratégiques.

Malgré sa longue gestation et ses dépassements de coûts, Hinkley Point C est considéré comme essentiel aux ambitions de neutralité carbone du Royaume-Uni.

Une fois opérationnel, il devrait générer environ 3,2 GW d’électricité, contribuant ainsi à stabiliser le réseau du pays pendant la transition vers les énergies renouvelables.