La BCE signale les risques tarifaires comme la principale menace pour les banques de la zone euro dans le cadre de sa poussée prudentielle

La BCE signale les risques tarifaires comme la principale menace pour les banques de la zone euro dans le cadre de sa poussée prudentielle
Noris Soto
15 juil. 2025, 17:23 PM
  • Les superviseurs de la BCE avertissent les banques de se préparer aux chocs tarifaires dans un contexte de tensions commerciales mondiales.
  • La cybersécurité et la liquidité en dollars ont également été signalées comme des risques croissants dans le cadre de la surveillance en cours.
  • Les banques ont été invitées à renforcer les contrôles internes et à exécuter des scénarios de crise en cas de troubles géopolitiques.

Dans un contexte de tensions géopolitiques mondiales croissantes et d’incertitude économique croissante, la Banque centrale européenne (BCE) intensifie sa vigilance face à d’éventuels risques pour le système financier de la zone euro.

Les superviseurs de la BCE se sont concentrés sur les risques émergents tels que les droits de douane et les cyberattaques, ainsi que sur une potentielle pénurie mondiale de dollars, ont déclaré à Reuters cinq hauts responsables de la banque centrale.

Il s’agit d’un changement de ton et d’orientation, alors que l’institution prépare les banques à faire face à un paysage de risque en évolution rapide.

Cet effort est déployé alors que la BCE se prépare au prochain test de résistance bancaire en 2024, qui se concentrera sur la capacité des prêteurs à résister aux chocs géopolitiques.

À une époque où l’inflation est plus élevée, qui est encore aggravée par la guerre en Ukraine, la menace russe croissante et les craintes de fragmentation du commerce, la banque centrale a exigé que les banques évaluent les retombées économiques des chocs de la crise mondiale.

Simulation de crise de scénarios géopolitiques

Claudia Buch, superviseure bancaire en chef de la BCE, a révélé que la banque centrale exigera des banques qu’elles simulent des scénarios géopolitiques capables de réduire drastiquement leurs réserves de capital pour 2026.

Ces simulations s’inscrivent dans le cadre d’un effort visant à identifier les institutions susceptibles d’être vulnérables à des chocs externes de grande ampleur et à s’assurer que les banques prennent des mesures préventives.

Les prochains tests de résistance interviennent après des mois de surveillance accrue de la part des superviseurs de la BCE.

Selon certains participants au processus, ces inquiétudes ne sont pas nouvelles.

Depuis fin 2024, la BCE intègre les risques géopolitiques dans ses opérations de surveillance de routine, en évaluant l’exposition des deux banques aux régions touchées par des conflits et leur présence opérationnelle à l’étranger.

Il a été conseillé aux banques d’analyser de près leurs expositions transfrontalières, qui comprennent les opérations à l’étranger et le financement d’entreprises de commerce international.

Les régulateurs sont particulièrement préoccupés par l’impact possible des sanctions, des tarifs commerciaux ou des changements inattendus de la politique étrangère sur la qualité du crédit et les coussins de capital.

Risques de cybersécurité en ligne de mire

Dans le même temps, la BCE accorde plus de poids aux cybermenaces dans son agenda prudentiel, parallèlement aux évaluations géopolitiques.

Les responsables soulignent l’inquiétude croissante concernant le risque d’attaques de cybercriminels, les États baltes ayant été particulièrement touchés par des groupes de piratage liés à la Russie dans le passé.

La BCE garde un œil attentif sur la Banque, et ces sites à haut risque renforcent les défenses numériques et élaborent des plans pour les perturbations de service.

Bien qu’aucune menace particulière n’ait été rendue publique, les superviseurs de la BCE ont exhorté les institutions à s’assurer qu’elles disposent de cadres de réponse aux incidents adéquats et qu’elles sont en mesure de survivre à des pannes à long terme.

Bien que la banque n’impose pas encore de mesures de cybersécurité spécifiques, elle signale que la cyberrésilience fait désormais partie intégrante de la surveillance prudentielle.

Se préparer à une crise de liquidité du dollar

Une autre grande crainte qui a émergé est la possibilité d’une pénurie de dollars américains, qui sont essentiels pour les transactions étrangères et les opérations de financement de nombreuses banques européennes.

La BCE a demandé aux banques d’évaluer comment elles réagiraient si l’accès au financement en dollars était considérablement restreint, par exemple si la Réserve fédérale américaine dénouait les accords d’urgence en matière de liquidité.

Comme indiqué précédemment, la banque centrale a souligné le problème avec les banques dans le cadre d’une évaluation plus large des problèmes de liquidité.

Les autorités de surveillance encouragent les institutions à envisager des plans de financement d’urgence et d’autres sources de liquidités, mais ils ne préconisent pas de changements rapides dans la stratégie ou la composition du financement.

Accent mis sur les contrôles internes des risques

Cependant, les superviseurs de la BCE n’exigeraient pas à ce stade des banques qu’elles réduisent leurs expositions ou remanient leurs portefeuilles. Il s’agit plutôt d’être préparé et de gérer les risques internes.

Il s’agit de pousser les banques à renforcer leurs systèmes de surveillance et à planifier des scénarios solides.

Deux des principaux processus réglementaires dans lesquels cette approche centrée sur le risque est intégrée sont le SREP, processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (effectué sur une base annuelle), et l’ILAAP, Internal Liquidity Adequacy Assessment Process.

Ensemble, ces évaluations permettent aux autorités de surveillance d’évaluer dans quelle mesure les banques comprennent leur profil de risque et leur préparation à gérer les perturbations de financement et de capital.

La vigilance accrue de la BCE reflète une prise de conscience croissante du fait que le système financier d’aujourd’hui est inextricablement lié aux tendances politiques et techniques mondiales.

Les vulnérabilités auxquelles sont confrontées les banques européennes se sont étendues au-delà des problèmes de crédit et de marché habituels pour inclure les déséquilibres monétaires et la cyberguerre.

Alors que les banques se préparent à un environnement mondial de plus en plus imprévisible et volatil, la BCE envoie un message clair : la sensibilisation aux risques et la préparation aux risques ne sont plus facultatives, mais sont désormais des piliers essentiels de la stabilité financière.