L’Inde joue la carte de la sérénité alors que l’accord commercial américain est en équilibre : quelle est la stratégie derrière le silence ?

L’Inde joue la carte de la sérénité alors que l’accord commercial américain est en équilibre : quelle est la stratégie derrière le silence ?
Devesh Kumar
26 juil. 2025, 07:01 AM
  • L’Inde évite les commentaires publics avant la date limite du commerce américain.
  • Les États-Unis exigent un meilleur accès au marché pour les produits agricoles et industriels.
  • L’Inde résiste aux pressions sur les secteurs agricoles sensibles et cherche à obtenir un allègement tarifaire.

À moins d’une semaine de la décision des États-Unis d’imposer ou non de nouveaux droits de douane, l’Inde est restée visiblement silencieuse.

Malgré des mois de pourparlers, aucun accord commercial n’a été annoncé et les responsables à New Delhi n’ont offert aucune mise à jour publique.

Le silence n’est pas accidentel. Pour l’Inde, se retenir peut être une décision stratégique, évitant les pressions tout en continuant à négocier à huis clos.

Les enjeux sont élevés, mais le gouvernement semble adopter une approche attentiste, pesant soigneusement ses options à l’approche de la date limite du 1er août.

Pourquoi l’accord commercial entre l’Inde et les États-Unis prend-il autant de temps ?

Washington fait pression sur New Delhi pour qu’elle abaisse les droits de douane et ouvre davantage son marché, en particulier aux produits agricoles américains, notamment les produits laitiers et les cultures génétiquement modifiées, ainsi que les produits industriels et les véhicules électriques.

Cette initiative s’inscrit dans la demande plus large du président Trump pour des conditions commerciales « plus équitables », en mettant l’accent sur la réciprocité.

L’Inde avance prudemment. Il est peu probable que les responsables bougent sur l’ouverture des secteurs agricole et laitier, qui sont politiquement sensibles et essentiels aux moyens de subsistance de millions de petits agriculteurs.

« C’est une ligne rouge », a déclaré sans ambages un haut responsable du commerce. La préoccupation n’est pas seulement une question d’économie, mais aussi de politique rurale dans un calendrier électoral chargé.

Dans le même temps, New Delhi veut quelque chose en retour : la suppression des droits de douane américains sur les exportations indiennes comme l’acier, l’aluminium et certaines pièces automobiles.

Ces droits, imposés pour la première fois lors de tensions commerciales antérieures, restent un point de friction. Les négociateurs indiens les considèrent à la fois injustes et en décalage avec la pression plus large en faveur d’une relation plus équilibrée.

Pourquoi l’Inde joue-t-elle la carte de la sérénité ?

L’Inde comprend que pour Washington, la réduction de la dépendance à l’égard de l’industrie manufacturière chinoise reste une priorité absolue, en particulier à la suite du nouvel accord commercial entre les États-Unis et la Chine, qui abaisse les droits de douane et pourrait une fois de plus renforcer l’avantage de la Chine dans les exportations mondiales.

Ce changement a ajouté à l’urgence de la recherche de partenaires alternatifs. L’Inde, avec sa vaste base de consommateurs, son système démocratique et son empreinte industrielle en expansion, est une option de plus en plus attrayante.

Les États-Unis voient un réel potentiel dans le déplacement des chaînes d’approvisionnement vers l’Inde, non seulement pour diversifier l’industrie manufacturière, mais aussi pour renforcer la coopération stratégique et de haute technologie dans la région indo-pacifique au sens large.

L’objectif sous-jacent : renforcer la résilience et contrôler l’influence de la Chine sans intensifier la confrontation.

L’Inde, pour sa part, a clairement indiqué qu’elle voulait faire partie de ce changement. De grandes entreprises mondiales, dont Apple, ont déjà commencé à étendre leur production en Inde.

Mais il y a toujours un sentiment d’incertitude. L’accord tarifaire entre les États-Unis et la Chine menace d’éroder certains des avantages commerciaux à court terme dont bénéficiait l’Inde.

Malgré cela, l’Inde reste un élément essentiel dans les efforts de Washington pour restructurer les routes commerciales mondiales, en particulier dans la fabrication de pointe et les technologies émergentes.

Quelle est la prochaine étape ?

Les négociations commerciales entre l’Inde et les États-Unis devraient reprendre en août, lorsqu’une délégation américaine arrivera à New Delhi.

Des responsables indiens, dont le ministre du Commerce Piyush Goyal, ont minimisé l’urgence d’un accord de grande envergure, indiquant qu’ils préféraient des accords sectoriels plus petits plutôt qu’un cadre large et inclusif.

Les négociateurs américains sont conscients qu’une trop grande pression sur l’Inde pourrait créer des tensions politiques à un moment où Washington tente d’approfondir ses liens stratégiques dans l’Indo-Pacifique.

Cette prise de conscience a tempéré une partie de la rhétorique.

Mais alors que les responsables des deux côtés ont signalé leur volonté de poursuivre les discussions, les questions fondamentales, en particulier l’accès à l’agriculture et l’allègement tarifaire, n’ont pas beaucoup bougé.

Les progrès, s’ils se produisent, risquent d’être lents.