Le Canada s’interroge sur les coûts de représailles contre les tarifs douaniers américains

Le Canada s’interroge sur les coûts de représailles contre les tarifs douaniers américains
Ananthu C U
02 août 2025, 16:55 PM
  • Les États-Unis augmentent les droits de douane canadiens à 35 %, citant le fentanyl et les tarifs de représailles.
  • Le Mexique bénéficie d’une pause tarifaire de 90 jours, soulignant le changement d’approche commerciale des États-Unis.
  • Le Canada évite les représailles pour préserver l’exclusion de l’AEUMC et protéger les exportations.

Le gouvernement canadien fait face à un défi économique et politique croissant après que les États-Unis ont augmenté les droits de douane sur les produits canadiens à 35 %, marquant une nette divergence dans la façon dont Washington gère ses relations commerciales avec ses voisins nord-américains.

Alors que le Mexique a obtenu un sursis de 90 jours à l’égard de hausses de tarifs similaires, le Canada se retrouve à la solde de sanctions commerciales accrues - une décision que la Maison-Blanche attribue au trafic de fentanyl et aux mesures de représailles antérieures du Canada.

La progressivité des droits marque la rupture de l’unité nord-américaine

Jusqu’à récemment, le Canada et le Mexique étaient traités de la même manière dans la politique commerciale des États-Unis en vertu de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), chacun étant assujetti à un tarif de base de 25 %, mais bénéficiant d’exemptions importantes.

Cela a changé jeudi, lorsque l’administration Trump a épargné le Mexique des augmentations de droits de douane, mais a imposé un taux de 35 % sur les produits canadiens.

Selon la Maison-Blanche, le taux tarifaire plus élevé du Canada est lié à son rôle présumé dans le trafic de fentanyl et à son utilisation de contre-tarifs.

La déclaration a suscité des critiques, étant donné que les données du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis montrent que le Mexique est une source beaucoup plus importante d’expéditions de fentanyl.

Les nouveaux tarifs douaniers placent l’administration du premier ministre Mark Carney dans une position difficile.

Élu sur un programme de fermeté contre l’agression commerciale américaine, Carney fait maintenant face à des pressions pour réagir.

Cependant, les tentatives de représailles antérieures semblent avoir aggravé la situation au lieu de dissuader une nouvelle escalade.

La portée limitée des représailles du Canada

Les contre-mesures antérieures du Canada sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau comprenaient une taxe de 25 % sur environ 30 milliards de dollars canadiens d’importations américaines et des tarifs américains équivalents sur l’acier, l’aluminium et les automobiles.

Pourtant, ces mesures n’ont pas empêché de nouvelles augmentations.

Depuis, M. Carney a adopté une approche plus mesurée, atténuant les contre-tarifs du Canada avec diverses exemptions sur les intrants manufacturiers, les biens de santé publique et les véhicules produits dans les usines canadiennes par des entreprises telles que GM et Honda.

Des experts comme David Collins de l’Université City St George’s soutiennent que la retenue de Carney reflète une réalité économique : les représailles nuisent souvent à l’imposant pays autant qu’à la cible.

Selon les économistes de la Banque de Nouvelle-Écosse, la principale préoccupation du gouvernement canadien demeure de préserver l’exception de l’AEUMC qui réduit le taux tarifaire effectif des États-Unis sur les produits canadiens à environ 6,3 %.

Diplomatie vs. représailles : un carrefour stratégique

Bien que les responsables canadiens, y compris le ministre du Commerce Dominic LeBlanc, poursuivent leurs discussions avec leurs homologues américains, aucune résolution immédiate n’a émergé.

Une déclaration du bureau de Carney a exprimé sa déception mais a évité de mentionner d’autres représailles.

Les observateurs notent que l’approche contrastée du Mexique – éviter complètement les contre-tarifs – semble lui avoir valu un meilleur traitement.

La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a maintenu des taux d’approbation élevés et a mis l’accent sur le respect mutuel dans ses relations avec Trump.

Les économistes demeurent prudents à l’égard des effets à long terme sur l’économie canadienne.

Bien que les exemptions de l’AEUMC offrent une certaine protection, les droits de douane sectoriels sur l’acier, l’aluminium et l’automobile pourraient peser sur la croissance.

Avery Shenfeld, de la Banque CIBC, a averti les investisseurs que l’immunité perçue du Canada pourrait être exagérée et que le risque de nouvelles perturbations pourrait décourager les investissements en capital et éroder la confiance des entreprises.

Alors que les négociations commerciales se poursuivent et qu’aucun accord ferme n’est en vue, le Canada doit trouver un équilibre entre les attentes politiques et le pragmatisme économique alors qu’il navigue dans un paysage commercial changeant façonné par la politique volatile des États-Unis.