Macron fait face à des choix difficiles après la chute du gouvernement Bayrou

Macron fait face à des choix difficiles après la chute du gouvernement Bayrou
Diya Poddar
09 sept. 2025, 11:25 AM
  • Bayrou a proposé 44 milliards d’euros de coupes pour atteindre 4,6 % d’ici 2026.
  • Les syndicats prévoient des manifestations anti-austérité les 10 et 18 septembre.
  • L’examen par Fitch de la note AA- de la France est attendu cette semaine.

La France est entrée dans une nouvelle phase de turbulences politiques et financières après que le Premier ministre François Bayrou et son gouvernement minoritaire centriste ont perdu un vote de confiance au Parlement.

Lundi, 364 législateurs ont voté contre le gouvernement et seulement 194 pour, déclenchant l’effondrement de l’administration.

Le vote a fait suite à des mois de querelles sur le budget 2026, Bayrou n’ayant pas été en mesure d’obtenir un soutien suffisant pour des plans visant à remédier à un déficit de 5,8 % du PIB en 2024.

Ses propositions prévoyaient des coupes de 44 milliards d’euros l’année prochaine pour ramener le déficit à 4,6 % d’ici 2026.

La France aura-t-elle son cinquième Premier ministre en deux ans ?

La démission de Bayrou, qui doit être présentée au président Emmanuel Macron mardi, signifie que la France se prépare à avoir son cinquième Premier ministre en moins de deux ans.

Macron a plusieurs choix, aucun d’entre eux n’est simple.

Il pourrait nommer un autre allié centriste, former un cabinet technocratique, ou dissoudre le parlement et convoquer des élections anticipées. Tous comportent des risques.

Des élections anticipées pourraient renforcer le Rassemblement national d’extrême droite ou le parti d’extrême gauche France insoumise, qui appellent tous deux à de nouvelles élections.

Un cabinet technocratique serait probablement confronté à la même opposition aux coupes budgétaires.

Macron pourrait à nouveau se tourner vers une figure centriste capable d’unir des blocs fracturés, mais il reste difficile de forger un consensus dans une Assemblée nationale divisée.

Les marchés sont stables, mais se méfient de l’assainissement budgétaire

Malgré les bouleversements politiques, les marchés financiers n’ont montré qu’une réaction modérée.

Mardi matin, l’indice CAC 40 a ouvert en hausse de 0,25 %, tandis que les rendements de l’obligation de référence française à 10 ans ont légèrement augmenté de 2 points de base à 3,4755 %.

Les analystes ont suggéré que la réponse calme reflétait les attentes selon lesquelles celui qui prendra la relève devra toujours poursuivre l’assainissement budgétaire.

Selon la Deutsche Bank, le prochain gouvernement aura besoin du soutien des socialistes de centre-gauche et de la coalition de centre-droit pour faire passer des mesures budgétaires.

JPMorgan a noté que Macron pourrait tenter de construire une grande coalition, bien que de tels arrangements soient rares dans la politique française.

La bataille budgétaire s’intensifie avant l’examen de Fitch

Au cœur de la crise se trouve la lutte de la France pour assainir ses finances publiques.

Avec un déficit de 5,8 % du PIB et une dette publique en hausse, Fitch Ratings doit publier cette semaine une mise à jour sur la solvabilité du pays.

Fitch maintient actuellement la France à AA- avec une perspective négative, et toute dégradation pourrait augmenter les coûts d’emprunt.

Les syndicats prévoient déjà des manifestations nationales les 10 et 18 septembre contre les mesures d’austérité proposées, ajoutant ainsi de la pression sur tout nouveau gouvernement.

Les partis politiques restent divisés sur la façon de réduire le déficit.

Alors que beaucoup s’accordent à dire que la situation budgétaire n’est pas viable, le clivage porte sur les méthodes : certains sont en faveur d’une réforme de l’aide sociale, tandis que d’autres sont en faveur d’une augmentation des impôts.

Les analystes préviennent que les gouvernements à venir seront dans l’impossibilité d’éviter un resserrement budgétaire.

Cependant, la France n’a pas une forte tradition de compromis de grande coalition, ce qui complique les efforts visant à combiner différentes approches pour réduire le déficit.

Les divisions structurelles compliquent les prochaines étapes

La France a une certaine expérience de la « cohabitation », où le président et le Premier ministre viennent de partis opposés.

Pourtant, les coalitions à grande échelle à gauche et à droite restent en dehors de la culture politique du pays, ce qui rend les compromis plus difficiles.

En l’absence de consensus, les réformes peuvent s’enliser, ce qui prolonge l’incertitude.

La tâche immédiate pour Macron sera de trouver un leader capable de négocier au-delà des clivages politiques tout en faisant face à la résistance du public aux coupes budgétaires.