Les plus riches de France font face à une hausse des impôts alors que le déficit se creuse

Les plus riches de France font face à une hausse des impôts alors que le déficit se creuse
Diya Poddar
29 sept. 2025, 08:47 AM
  • Le Parti socialiste soutient une taxe Zucman sur les fortunes supérieures à 100 millions d’euros.
  • Le Rassemblement national propose un impôt plus restreint sur la fortune financière.
  • 85 % des citoyens français sont favorables à l’imposition des riches, selon un sondage.

La France est confrontée à l’un de ses plus grands défis budgétaires depuis des années, le Premier ministre Sébastien Lecornu étant sous pression pour équilibrer le plus grand déficit de la zone euro tout en répondant aux demandes croissantes de justice fiscale.

Au centre du débat se trouve la question de savoir si les citoyens les plus riches du pays et les plus grandes entreprises devraient payer plus pour rétablir les finances publiques.

Des groupes politiques de gauche, d’extrême droite et même des alliés centristes font pression pour de nouvelles mesures qui pourraient remodeler le paysage fiscal français.

La discussion a déclenché des manifestations à l’échelle nationale, ravivé les souvenirs des impôts sur la fortune passés et déstabilisé les familles et les entreprises les plus riches du pays.

Enjeux politiques sur le budget 2026

Le budget 2026, attendu en octobre, oblige Lecornu à obtenir le soutien du Parlement tout en évitant un vote de censure.

Le Parti socialiste et le Rassemblement national de Marine Le Pen se sont tous deux opposés aux précédentes coupes budgétaires et insistent sur une fiscalité axée sur la richesse comme condition de coopération.

Sans leur abstention, Lecornu risque de devenir le cinquième Premier ministre en moins de deux ans à perdre son poste, affaiblissant ainsi l’autorité du président Emmanuel Macron.

Les politiques pro-entreprises de Macron ont entraîné une baisse du chômage et une augmentation des investissements, mais l’ont également laissé étiqueté comme le « président des riches », une étiquette qui complique toute tentative de résister à de nouvelles taxes sur les riches.

Propositions relatives à l’imposition de la fortune

Plusieurs options sont débattues. Le Parti socialiste soutient une proposition inspirée de l’économiste Gabriel Zucman, qui imposerait une taxe de 2 % sur les fortunes supérieures à 100 millions d’euros.

Environ 1 800 résidents ultra-riches pourraient être touchés, dont le fondateur de LVMH, Bernard Arnault, qui a fait valoir qu’une telle mesure nuirait à l’économie française.

Le Rassemblement national a suggéré un « impôt sur la fortune financière » moins radical, conçu pour exclure une résidence principale, les actifs commerciaux et la plupart des investissements dans les petites et moyennes entreprises.

Des législateurs indépendants ont également proposé de relancer les prélèvements supprimés sur les sociétés de portefeuille et de réviser les allégements fiscaux sur les successions connus sous le nom de règles Dutreil, citant les abus commis par des familles riches.

Résistance de l’opinion publique et des entreprises

Le soutien du public en faveur d’une augmentation des impôts sur les riches est écrasant.

Un sondage Ifop de septembre a révélé que 85 % des citoyens français souhaitent que les individus les plus riches et les grandes entreprises assument une plus grande partie de la réparation budgétaire.

Cela inclut 92 % des électeurs qui soutiennent le parti centriste de Macron.

L’élan a suscité des protestations à Paris et dans d’autres villes, où les manifestants ont ciblé des entreprises comme CMA CGM SA, propriété du milliardaire Rodolphe Saadé.

Des groupes d’affaires, cependant, ont averti que des impôts supplémentaires risquaient de générer de la richesse à l’étranger, comme on l’a vu sous les gouvernements précédents, y compris l’éphémère supertaxe de 75 % de François Hollande.

Les préoccupations portent également sur la compétitivité, avec des appels à trouver un équilibre entre la réforme fiscale et l’amélioration de l’efficacité des dépenses publiques.

Contexte historique de l’ISF

La France a une longue histoire d’expérimentation de l’impôt sur la fortune.

L’impôt sur les grandes fortunes a été introduit pour la première fois sous le président socialiste François Mitterrand, s’appliquant à des actifs d’une valeur supérieure à 3 millions de francs.

Pendant quatre décennies, la taxe a été supprimée, rétablie et modifiée à plusieurs reprises jusqu’à ce que Macron la réduise en 2017 pour ne couvrir que les biens.

La proposition de taxe Zucman a ravivé les comparaisons avec cette taxe antérieure, tout en s’alignant sur le rôle plus large de la France dans les débats internationaux sur une taxe mondiale sur les milliardaires.

Pour l’instant, Lecornu a exclu de relancer l’ancienne ISF, mais le gouvernement fait face à une pression croissante pour répondre à l’humeur changeante de la population et à la détérioration des conditions budgétaires.