Le yen s’approche de son plus bas niveau depuis huit mois alors que le Japon fait face à de nouvelles pressions politiques et inflationnistes

Le yen s’approche de son plus bas niveau depuis huit mois alors que le Japon fait face à de nouvelles pressions politiques et inflationnistes
Diya Poddar
10 oct. 2025, 09:22 AM
  • Le yen atteint 153,27 pour un dollar, son plus bas niveau en huit mois.
  • 24,5 billions de yens dépensés depuis 2022 pour stabiliser le yen.
  • Les marchés évaluent à 22 % la probabilité d’une hausse des taux de la BOJ le 30 octobre.

Le ministre japonais des Finances, Katsunobu Kato, a lancé un nouvel avertissement sur les fortes fluctuations du yen après que la monnaie a chuté vendredi à son plus bas niveau en huit mois face au dollar.

Le yen a brièvement touché 153,27 avant de se redresser légèrement pour s’échanger autour de 152,94, alors que l’incertitude politique et les attentes en matière de politique monétaire ont alimenté la volatilité sur les marchés financiers japonais.

Cette baisse survient dans un contexte de transition de direction au sein du parti au pouvoir au Japon, alors que les investisseurs réagissent à la position pro-relance de la dirigeante nouvellement élue du PLD, Sanae Takaichi, et à son impact potentiel sur la trajectoire de resserrement de la Banque du Japon, ajoutant une nouvelle pression sur les décideurs politiques pour restaurer la confiance du marché.

Les marchés réagissent alors que la transition politique aggrave les pertes du yen

La dernière baisse du yen fait suite à la victoire de Sanae Takaichi à la tête du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir au Japon. Sa victoire du week-end dernier a suscité de nouvelles spéculations selon lesquelles ses politiques de relance pourraient retarder le resserrement monétaire de la Banque du Japon (BOJ).

Les marchés ont interprété sa position comme un signal potentiel de la faiblesse persistante des taux d’intérêt, poussant le yen à la baisse malgré les efforts continus du gouvernement pour stabiliser la monnaie.

Takaichi, une partisane de longue date des dépenses budgétaires agressives et de l’assouplissement monétaire, a tenté de rassurer les investisseurs sur le fait que son administration n’encouragera pas un yen excessivement faible.

Elle a déclaré jeudi qu’elle n’avait pas l’intention d’interférer avec la politique de la BOJ ou de commenter les décisions sur les taux, tentant de dissiper les craintes du marché que son programme n’entre en conflit avec les objectifs de la banque centrale.

Ses commentaires de l’année dernière, où elle avait qualifié les hausses de taux de « stupides », ont refait surface au milieu de la baisse du yen, intensifiant l’examen de son approche économique.

Selon les analystes, son leadership pourrait influencer les attentes concernant la prochaine décision de la BOJ, alors que la banque centrale pèse les pressions inflationnistes par rapport aux préoccupations relatives à la croissance.

Kato fait allusion à une surveillance plus étroite, les craintes d’une intervention grandissent

Le ministre des Finances, M. Kato, a déclaré que le gouvernement surveillait de près les marchés pour détecter des mouvements « unilatéraux et rapides » du taux de change et qu’il évaluerait toute volatilité « excessive ou désordonnée ».

Son ton plus ferme a suscité des spéculations selon lesquelles le Japon pourrait intervenir pour soutenir le yen si la dépréciation s’accélère encore.

Le ministère des Finances a dépensé environ 24,5 billions de yens (160 milliards de dollars) depuis 2022 pour stabiliser la monnaie, bien que de nombreux économistes estiment qu’une nouvelle intervention est peu probable à moins que le yen n’approche du niveau de 160.

M. Kato a souligné que les taux de change devraient refléter les fondamentaux économiques et évoluer de manière stable, reconnaissant qu’un yen plus faible apporte à la fois des avantages et des défis à l’économie japonaise.

Si la faiblesse du yen soutient les exportateurs en augmentant les bénéfices à l’étranger, elle augmente également les coûts d’importation, ce qui exerce une pression sur les ménages et les petites entreprises à mesure que les prix de l’énergie et des matières premières augmentent.

Les décideurs japonais sont maintenant confrontés à la tâche délicate d’empêcher l’inflation de surchauffer tout en veillant à ce que la reprise reste sur la bonne voie.

L’incertitude de la coalition et les risques d’inflation assombrissent les perspectives politiques

À la pression sur le yen s’ajoute l’incertitude entourant les alliances politiques du Japon. Takaichi fait face à des défis précoces pour maintenir la coalition du PLD au pouvoir avec le parti Komeito.

Les deux parties devraient se rencontrer plus tard vendredi, mais il n’y a pas encore de confirmation quant à savoir si elles parviendront à un accord pour poursuivre le partenariat. L’instabilité politique pourrait peser davantage sur le sentiment des investisseurs et la confiance des devises.

Dans le même temps, la faiblesse du yen alimente les risques inflationnistes. La dépréciation de la monnaie augmente le coût des marchandises importées, ce qui pourrait compliquer la voie de la BOJ vers la normalisation des taux d’intérêt.

Les marchés financiers évaluent actuellement à 22 % la probabilité d’une hausse des taux lorsque la banque centrale se réunira pour annoncer sa décision politique le 30 octobre.

La banque centrale reste prudente alors qu’elle navigue entre le soutien à la croissance économique et la maîtrise des pressions sur les prix. Toute hausse prématurée des taux pourrait freiner la consommation, tandis qu’une nouvelle dépréciation du yen pourrait obliger les décideurs politiques à agir plus tôt que prévu.

La chute du yen souligne l’équilibre du Japon

Les dernières turbulences monétaires au Japon mettent en évidence l’interaction complexe entre les changements politiques, le sentiment du marché et la politique monétaire.

Alors que le gouvernement de Takaichi vise à soutenir la croissance par des mesures budgétaires, le cycle de resserrement de la BoJ reste incertain, laissant le yen exposé à une nouvelle faiblesse.

Alors que les investisseurs mondiaux surveillent de près l’évolution de la situation à Tokyo, les décideurs politiques japonais sont soumis à une pression croissante pour rétablir la confiance dans le yen sans faire dérailler la fragile reprise économique.