La Chine est-elle vraiment la superpuissance mondiale ?
- L’échelle manufacturière de la Chine lui confère une influence mondiale inégalée, mais pas une domination totale.
- Des contrôles financiers stricts et une dette croissante limitent la capacité de Pékin à diriger la finance mondiale.
- Le retrait des États-Unis a renforcé le statut de la Chine, mais la véritable superpuissance reste hors de portée.
On se demandait si la Chine allait rattraper les États-Unis. La question était alors de savoir quand la Chine allait rattraper son retard. Et maintenant, il s’agit lentement de savoir si quelqu’un peut empêcher la Chine de devenir la seule superpuissance mondiale.
Les États-Unis se sont affaiblis par des divisions politiques et des erreurs politiques. La Chine pourrait être plus haute par défaut, bien qu’elle soit toujours confrontée à des problèmes économiques.
Mais le pouvoir n’est jamais absolu. La Chine est forte en termes d’échelle et de rapidité, mais elle reste fragile dans les fondements qui définissent un leadership mondial durable.
Le poids de la balance
L’essor de la Chine n’est pas seulement une question de taux de croissance. C’est une question de masse et de portée.
Le pays produit plus de biens que tout autre pays et contrôle la majeure partie de la chaîne d’approvisionnement mondiale en énergie propre. Environ 70 % de la fabrication mondiale d’énergie solaire se fait en Chine, et elle est en tête des batteries et des véhicules électriques.
Cette base de production donne à Pékin un levier dont aucun pays n’a bénéficié depuis le pic industriel américain dans les années 1950.
Les usines du Guangdong ou de Chongqing peuvent transformer des jouets en bus électriques en quelques mois. Cette flexibilité donne à la Chine un pouvoir en cas de crise.
Quand d’autres se bousculent pour s’approvisionner, la Chine le construit. Son modèle de fabrication dépend toujours de faibles bénéfices et d’un volume élevé, mais sa capacité à livrer à grande échelle reste inégalée. Dans un monde de pénuries, la capacité elle-même devient une arme.
Là où la puissance est encore insuffisante
Malgré sa domination dans la production, la Chine n’a pas créé le muscle financier qui définit une superpuissance.
Et c’est parce que le renminbi n’est pas, et ne sera probablement jamais, une monnaie de réserve mondiale. À ce jour, moins de 4 % des paiements internationaux l’utilisent, tandis que le dollar représente encore près de 60 % des réserves mondiales.
Dans le même temps, les capitaux entrants et sortants de la Chine restent étroitement contrôlés, et les investisseurs sont confrontés à un risque politique sans fin. Sans marchés ouverts et sans protections juridiques, le monde ne stockera pas sa richesse dans des actifs chinois.
La même faiblesse limite l’influence de la Chine dans les crises. Les États-Unis peuvent imprimer des actifs sûrs et déplacer les marchés avec une seule décision politique. La Chine ne le peut pas. Son système financier dépend toujours de la direction de l’État et de la fragilité des banques locales.
Cette faiblesse s’est accentuée depuis que Pékin s’est tourné vers la politique industrielle comme moteur de la croissance. Lorsque le boom immobilier s’est effondré, le gouvernement a déplacé sa machine à crédit vers l’industrie manufacturière.
Les banques d’État ont reçu l’ordre de prêter aux usines plutôt qu’aux développeurs, et les subventions ont afflué dans des secteurs comme les véhicules électriques, les panneaux solaires et la robotique. Les analystes estiment que cette poussée industrielle représente environ 4,4 % du PIB, une échelle inégalée par toute économie moderne.
À l’intérieur, la structure du système financier chinois met en évidence les limites du contrôle de l’État. Le crédit est abondant mais souvent mal orienté.
La dette totale dépasse maintenant 300 % du PIB, et le secteur immobilier est encore en train de digérer des années de surconstruction et de spéculation. Les gouvernements locaux et les banques régionales restent empêtrés dans des passifs cachés, laissant Pékin orchestrer des renflouements au coup par coup.
Dans ce contexte, la croissance dépend de plus en plus de prêts pour compenser les excédents passés. Il en résulte une pression déflationniste et une baisse des rendements. Malgré toute sa maîtrise des usines, la Chine ne peut pas encore gérer la finance mondiale.
Le fossé des alliances
La force militaire compte, mais les alliances la multiplient. Ici, la Chine reste isolée. Il a des partenaires, mais pas d’alliés.
La Russie, l’Iran et la Corée du Nord partagent des intérêts de convenance, et non de défense mutuelle. En revanche, l’Amérique est toujours à la tête d’un réseau mondial de partenaires démocratiques et économiques.
L’Europe, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et l’Inde représentent ensemble une puissance économique égale à celle de la Chine et des États-Unis réunis.
Cependant, le second mandat de Donald Trump a affaibli ces liens. Les tarifs douaniers sur les alliés, les insultes lors des sommets et l’accent mis sur les luttes intérieures ont donné l’impression que l’Amérique n’était pas fiable.
Mais la Chine n’a pas rempli cet espace. Son amitié « sans limites » avec la Russie est motivée par la stratégie, la confiance étant toujours absente.
En Asie, la plupart des pays veulent le commerce de la Chine mais la protection de l’Amérique. L’influence sans alliés est un pouvoir qui ne peut pas voyager loin.
Le coût du contrôle
Le système étatique chinois peut évoluer rapidement. Elle construit des ponts, des ports et des centres de données en un temps record. Pourtant, ce même contrôle ralentit l’innovation. Les responsables locaux mesurent toujours le succès en fonction de la construction et du nombre d’emplois, plutôt que de l’efficacité ou de la rentabilité.
La surproduction est devenue chronique. Le terme « involution », qui signifie concurrence sans fin qui détruit les rendements, fait maintenant partie du langage officiel.
Les usines continuent de fonctionner même lorsque les bénéfices disparaissent. Les gouvernements locaux sauvent les entreprises pour éviter le chômage, ce qui entraîne une déflation et un gaspillage de capital.
L’investissement représente toujours plus de 40 % du PIB de la Chine, tandis que la consommation des ménages reste proche de 40 %, bien en deçà des 68 % des États-Unis. Sans une augmentation des dépenses de consommation, la Chine risque de subir la même stagnation que celle qui a frappé le Japon après son boom.
La démographie ajoute de la pression. Le taux de fécondité est proche de 1,0, parmi les plus bas au monde. La population en âge de travailler diminuera après le milieu des années 2040. Une réduction de la main-d’œuvre signifie une croissance plus lente et des coûts de retraite plus élevés. L’éducation et l’automatisation peuvent contrebalancer la tendance pendant un certain temps, mais pas pour toujours.
Une superpuissance par défaut
La position de la Chine aujourd’hui concerne autant le déclin de l’Amérique que sa propre ascension.
Les guerres commerciales de Washington ont nui à sa base manufacturière plus qu’à celle de la Chine. Les coupes dans le financement de la science et les attaques contre les universités ont endommagé l’avantage des États-Unis dans la recherche.
Son retrait de la coopération mondiale laisse ses alliés incertains. Pékin semble donc plus stable en comparaison.
Pourtant, le statut de superpuissance exige plus que d’être le dernier géant debout. La Chine n’a pas la confiance qui vient de la transparence, du magnétisme d’une société ouverte et de l’auto-renouvellement que la démocratie, malgré tout son chaos, peut apporter.
Son modèle économique reste dirigé par l’État et sa politique personnelle. La consolidation du pouvoir de Xi Jinping améliore le commandement mais augmente les risques de succession.
La question n’est pas de savoir si la Chine est puissante, mais elle l’est. La question de savoir s’il peut rester suffisamment flexible pour gérer son propre succès.
Le siècle de la Chine n’est pas inévitable, mais la reprise de l’Amérique ne l’est pas non plus. L’ordre mondial évolue vers un monde avec deux centres de gravité : l’alliance financière dirigée par les États-Unis et la sphère industrielle de la Chine.
L’avenir dépend de la capacité de l’un ou de l’autre à reconstruire ce qui manque à l’autre, c’est-à-dire la confiance et la consommation pour la Chine. Pour les États-Unis, c’est la discipline et la compétence.
À ce jour, la Chine est une superpuissance, mais pas la superpuissance. Elle domine les chaînes d’approvisionnement, façonne les prix et oblige les autres à réagir.
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