Pourquoi l’Inde est sur le point de rater son objectif d’hydrogène vert pour 2030

  • Seuls 2,8 % des 158 projets d’hydrogène vert prévus sont actuellement opérationnels en Inde.
  • Les progrès sont entravés par des infrastructures inadéquates et des signaux de demande ambigus de la part des principaux acheteurs.
  • Les responsables s’attendent maintenant à ne pas atteindre l’objectif de 5 MMTPA, les projections étant reportées à 2032.

L’incursion ambitieuse de l’Inde dans l’économie de l’hydrogène vert est actuellement confrontée à d’importants vents contraires, une évaluation récente d’un groupe de réflexion sur l’énergie basé aux États-Unis mettant en évidence des obstacles critiques à ses progrès.

Le cœur du problème réside dans la lenteur décevante de la mise en service des projets.

Cette lenteur est principalement attribuée à un double défi : d’une part, une insuffisance généralisée des infrastructures de soutien et, d’autre part, la persistance de signaux de demande ambigus et incertains de la part d’acheteurs potentiels.

Infrastructures et demande : vents contraires

Le déficit d’infrastructures englobe plusieurs domaines cruciaux, notamment l’approvisionnement en énergie renouvelable de haute capacité nécessaire pour alimenter les électrolyseurs, le développement de pipelines et d’installations de stockage spécialisés pour le transport et la conservation de l’hydrogène volatil, et les infrastructures portuaires capables de gérer des projets axés sur l’exportation.

En l’absence d’une chaîne d’approvisionnement solide et interconnectée, les projets sont confrontés à des retards de construction et d’exploitation, ce qui rend difficile la clôture financière.

En outre, l’absence d’une demande claire, engagée et à long terme crée un obstacle important à l’investissement.

Des secteurs tels que le raffinage, les engrais et l’acier, qui sont les premiers consommateurs les plus probables d’hydrogène vert (ou de son dérivé, l’ammoniac vert), n’ont pas encore signé de contrats d’achat définitifs à grande échelle.

Alors que l’intérêt des investisseurs est fort, 94 % de la capacité d’hydrogène vert prévue du pays n’en est encore qu’au stade de l’annonce, a déclaré l’Institut pour l’économie de l’énergie et l’analyse financière (IEEFA) dans une note.

Cela a été attribué à des coûts plus élevés, qui sont un facteur dissuasif majeur pour les acheteurs potentiels, selon un rapport de Reuters.

La mission de l’Inde en matière d’hydrogène vert

Le gouvernement indien a lancé l’ambitieuse mission nationale sur l’hydrogène vert en 2023, allouant un budget substantiel de 197 milliards de roupies, soit l’équivalent d’environ 2,2 milliards de dollars.

L’objectif principal de cette mission est de faire de l’Inde une plaque tournante mondiale pour la production et l’exportation d’hydrogène vert, un élément clé de la transition mondiale vers des sources d’énergie plus propres.

L’objectif de production primaire fixé par la mission est de 5 millions de tonnes métriques par an (MMTPA) d’hydrogène vert d’ici 2030.

Cette initiative vise non seulement à répondre aux besoins industriels nationaux du pays en matière de combustibles propres, mais aussi à réduire considérablement la dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés, améliorant ainsi la sécurité énergétique et réduisant les émissions de carbone.

Un haut responsable du département de l’énergie propre a déclaré cette semaine que l’Inde ne devrait pas atteindre l’objectif avant 2032.

L’IEEFA a déclaré que l’Inde comptait 158 projets en développement, mais que seulement 2,8 % étaient opérationnels et 0,1 % en construction en août.

Alors que les projets annoncés totalisent 11,2 millions de tonnes par an, soit plus du double de l’objectif, l’IEEFA a noté que la faiblesse de la demande, ainsi que l’insuffisance des installations de stockage et de transport, entravent les progrès.

Perspectives d’avenir et recommandations

Selon les estimations de l’industrie, la demande totale d’hydrogène de l’Inde devrait atteindre 15 à 20 MMTPA d’ici 2030.

La note indique que l’hydrogène vert pourrait potentiellement répondre à 25 % à 33 % de cette demande, à condition que des mesures politiques encouragent efficacement son adoption dans des secteurs tels que l’acier, les produits chimiques, les transports et à des fins d’exportation.

Pour réduire les coûts et accélérer l’adoption, le rapport recommande des mesures telles que des accords d’achat d’hydrogène obligatoires, la combinaison de la demande et la création de centres d’hydrogène avec des infrastructures partagées.

Charith Konda, spécialiste de l’énergie à l’IEEFA, a été cité par Reuters dans un rapport :