Pourquoi l’économie canadienne est devenue l’histoire la plus conflictuelle de 2025

  • Le Canada a enregistré une forte croissance du PIB portée par le logement et l’investissement public.
  • Les consommateurs et les entreprises, cependant, ont reculé alors que des chocs commerciaux ont frappé des secteurs clés.
  • Le résultat est une économie qui semble saine dans les données mais qui paraît plus faible dans la vie quotidienne.

L’économie canadienne a livré l’un des récits les plus étranges de l’année.

Le pays grandit sur le papier, mais ralentit dans la réalité. La production augmente à nouveau, mais les parties de l’économie qui comptent pour la prospérité à long terme continuent de perdre de leur puissance.

Beaucoup de Canadiens ressentent un ralentissement même si les chiffres principaux sont en hausse.

Cette division est ce qui donne à 2025 sa texture inhabituelle. Les données indiquent une reprise, tandis que le niveau du sol raconte une histoire moins optimiste.

Un rebond qui ne ressemble pas à un rebond

Statistique Canada a rapporté une augmentation annualisée du PIB de 2,6 % au troisième trimestre. C’est la lecture la plus forte depuis l’année dernière et un renversement brutal par rapport à la baisse de 1,8 % au deuxième trimestre.

À première vue, le rebond semble être le début d’un nouveau cycle, mais les choses ne sont pas si simples.

L’investissement immobilier a augmenté à un rythme annualisé de 6,7 %, les coûts d’emprunt plus bas favorisant un retour sur le marché de la revente.

Cette amélioration a suffi à soulever des structures résidentielles après des mois d’activité plus lente.

L’investissement public a augmenté encore plus rapidement. Les dépenses en capital d’Ottawa ont augmenté de plus de 12 %, menées par l’achat de nouveaux navires militaires.

Ces ordres ont contribué à faire monter l’investissement public total à son plus grand bond trimestriel depuis plusieurs années.

Le fait que les importations aient chuté de 8,6 % est un effet secondaire de la baisse des livraisons de métaux précieux et d’une demande plus faible en général.

Dans les comptes nationaux, une baisse des importations stimule le PIB. C’est un effet mathématique plutôt qu’un signe de force, mais cela a joué un rôle important dans la performance du trimestre.

Les exportations ont légèrement augmenté mais restent bien en dessous des niveaux observés avant le choc tarifaire du printemps.

Les livraisons d’énergie ont contribué à stabiliser les chiffres, bien que le pays exporte encore beaucoup moins de biens manufacturés vers les États-Unis qu’il y a un an.

Pris ensemble, ces forces ont produit un chiffre fort soutenu par un nombre restreint de contributeurs. Le logement, les dépenses militaires et la baisse des importations ont porté le trimestre.

Le reste de l’économie a pris du retard.

Le ralentissement à l’intérieur de la croissance

La demande intérieure finale a légèrement diminué au troisième trimestre.

La consommation des ménages a diminué de 0,4 %, tandis que le taux d’épargne est passé à 5,8 % en septembre, contre 4,7 %.

Les familles semblent prendre moins de risques financiers et reporter leurs achats.

L’inflation est descendue à environ 2 %, mais la croissance des salaires a également ralenti.

Les revenus réels n’augmentent pas rapidement, et de nombreux ménages s’adaptent à la hausse des coûts de service de la dette au cours des deux dernières années.

L’investissement des entreprises a de nouveau diminué, et les dépenses pour les structures, machines et équipements non résidentiels ont également diminué à un taux annualisé de 4,5 %.

Les entreprises ont également réduit leurs stocks. Les enquêtes montrent une baisse régulière de la confiance des entreprises tout au long de l’été.

De nombreuses entreprises retardent leurs plans d’expansion et maintiennent des budgets d’investissement serrés.

Les données d’emploi suivent le même schéma.

Le taux de chômage est passé à 7 % alors que l’embauche commence à se geler, et la croissance des salaires a ralenti à environ 3 % d’une année sur l’autre.

Rien de tout cela n’indique une crise profonde du marché du travail, mais cela confirme une tendance au refroidissement. Après deux ans de recrutements solides, le marché de l’emploi évolue désormais à un rythme plus lent.

Les premiers indicateurs du quatrième trimestre suggèrent que la faiblesse pourrait se poursuivre. La production industrielle en octobre a chuté de 0,3 %.

Ainsi, la tendance sous-jacente pointe vers une économie nationale fonctionnant à basse vitesse.

Le choc commercial a bouleversé la trajectoire du Canada

L’événement le plus significatif pour le Canada cette année fut la guerre commerciale avec les États-Unis.

Les tarifs sur l’acier canadien et le bois de bois tendre ont fortement fait baisser les volumes d’exportation au deuxième trimestre.

La baisse de 25 % des exportations de biens au deuxième trimestre a été la plus importante depuis des années et a déclenché une chaîne d’effets qui se poursuit aujourd’hui.

L’investissement a ralenti à mesure que les entreprises réévaluaient leurs chaînes d’approvisionnement et leurs stratégies de marché.

Les producteurs se tournèrent vers les acheteurs locaux et cherchèrent à diversifier les ventes à l’étranger.

Ottawa a introduit de nouvelles mesures pour soutenir les secteurs de l’acier et du bois.

Elle a imposé ses propres limites à l’acier importé et proposé des plans de soutien aux industries concernées.

Ces mesures ont contribué à stabiliser la production, mais n’ont pas compensé la perte de demande américaine.

Le gouvernement fédéral s’est exprimé plus ouvertement sur l’évolution des relations commerciales.

Les ministres décrivent 2025 comme un tournant dans la dépendance du Canada au marché américain.

Les plans pour un engagement plus profond avec l’Asie et l’Europe dépassent les documents stratégiques pour entrer dans des accords en phase initiale. L’objectif est de réduire la vulnérabilité aux futurs conflits commerciaux en construisant une base d’exportation plus diversifiée.

Les perspectives d’automne de la Banque du Canada reflètent cette transition. La banque centrale prévoit une croissance tendente d’environ 1 % pour les prochaines années. C’est inférieur au potentiel de croissance dont le Canada a bénéficié lors des périodes d’approfondissement de l’intégration nord-américaine.

Selon la banque, l’économie devrait croître d’environ 1,4 % en 2026 et 2027.

Le taux directeur reste à 2,25 % alors que l’inflation reste proche de son objectif. La politique monétaire est stable mais pas assez puissante pour générer un élan fort dans le secteur privé.

Les anciennes forces portent le fardeau à mesure que de nouvelles politiques prennent forme

Les industries des ressources portent la force du Canada, avec des prix mondiaux de l’énergie plus élevés soutenant les termes de l’échange et augmentant les recettes d’exportation.

Les provinces de l’Ouest ont avancé sur de nouveaux corridors énergétiques et l’expansion des pipelines.

Beaucoup de ces projets incluent des dispositions concernant la propriété autochtone et des engagements envers la technologie de capture du carbone. La combinaison du développement des ressources et de l’investissement environnemental est devenue l’un des principaux thèmes économiques du Canada.

Le logement continue de façonner l’activité économique quotidienne. Des niveaux élevés d’immigration créent une demande persistante de logements.

Bien que les prix se soient stabilisés dans plusieurs villes, la pression sur les locataires reste forte. Les nouvelles constructions ne suivent pas la croissance démographique.

La reprise du troisième trimestre de l’activité de revente a stimulé le PIB et apaisé certaines inquiétudes concernant la faiblesse prolongée du secteur immobilier. Les défis sous-jacents de l’offre restent non résolus.

Ottawa a accru son rôle dans l’économie. Le gouvernement fédéral investit dans la défense, les infrastructures et l’énergie propre.

Ces programmes apportent un soutien tandis que le secteur privé adopte une position plus prudente.

Cette stratégie indique un grand changement dans l’approche du Canada en matière de développement économique.

Au lieu de s’appuyer sur les marchés ouverts et l’investissement privé, les dépenses publiques compensent désormais les lacunes dans des domaines clés.

On ne sait pas encore s’il conduit à une amélioration durable de la productivité.

Pourquoi l’histoire semble si divisée

La contradiction de 2025 réside dans la distance entre les comptes nationaux et l’expérience quotidienne. Le PIB montre une croissance.

Les gains proviennent de l’activité dans le logement, des achats militaires et des modes d’importation plutôt que d’une expansion généralisée de la demande.

Ces secteurs peuvent augmenter les chiffres sans donner l’impression aux ménages ou aux entreprises de se sentir plus forts.

En même temps, les éléments qui façonnent la perception de l’économie par la plupart des gens ne se sont pas améliorés. Les consommateurs dépensent moins.

Les entreprises réduisent leurs investissements. Les exportations ne se redressent que lentement du choc tarifaire. La productivité a à peine bougé.

Par personne, la production est restée proche de la stable. Beaucoup de travailleurs estiment moins d’opportunités même si le pays a évité une récession formelle.

Le Canada aborde la fin de l’année avec une croissance qui semble ferme de loin et fragile de près.