Pourquoi les banques américaines restent-elles encore méfiantes envers le cannabis malgré le changement de politique de Trump

Pourquoi les banques américaines restent-elles encore méfiantes envers le cannabis malgré le changement de politique de Trump
Diya Poddar
19 déc. 2025, 07:13 AM
  • Les grandes banques américaines restent prudentes en raison des restrictions fédérales en cours et des risques juridiques.
  • Les entreprises de cannabis continuent de dépendre de petits prêteurs avec des coûts d’emprunt plus élevés.
  • Le secteur bancaire pousse le Congrès à adopter la loi sur la banque SAFER pour plus de clarté.

La décision du président Donald Trump d’assouplir les réglementations fédérales sur la marijuana a été saluée favorablement par l’industrie américaine du cannabis, mais elle n’a pas changé le défi le plus persistant du secteur.

L’accès à la banque grand public reste limité, même si la pression réglementaire s’atténue, rapporte Reuters.

Le décret signe un changement de ton depuis Washington et réduit certains fardeaux de conformité, mais il s’arrête avant la légalisation fédérale.

Pour les banques, cette distinction compte.

Des spécialistes du secteur affirment que ce changement de politique améliore les conditions d’exploitation des entreprises de cannabis mais modifie peu la manière dont les grands prêteurs évaluent les risques dans un secteur resté restreint au niveau fédéral.

Une réinitialisation réglementaire, pas une légalisation

Les entreprises de cannabis ont eu des difficultés de financement pendant des années, malgré leur activité légale dans de nombreux États américains.

Au début du boom du secteur, l’intérêt des investisseurs a explosé, mais l’accès aux prêts bancaires traditionnels n’a jamais suivi.

La plupart des opérateurs continuent de s’appuyer sur de petites banques, des coopératives de crédit ou des prêteurs alternatifs, qui facturent souvent des taux plus élevés et imposent des conditions plus strictes.

Le décret de Trump vise à accélérer une révision qui assouplirait les restrictions fédérales sur la recherche sur le cannabis.

Cela pourrait ouvrir la porte à de nouveaux produits de marijuana médicale et réduire certains coûts de conformité liés à la surveillance fédérale.

La reclassification du cannabis en tant que substance contrôlée est largement perçue comme une avancée positive, car elle élimine certaines couches de paperasse qui ont pesé sur l’industrie.

Cependant, le cannabis resterait considéré comme une substance contrôlée au niveau fédéral.

Son utilisation resterait soumise à une réglementation stricte et à des sanctions pénales, limitant la portée pratique du changement de politique.

Pourquoi les grandes banques restent prudentes

Pour les grandes banques américaines, la question n’est pas la complexité réglementaire mais la certitude juridique. Même avec la reclassification, le prêt aux entreprises de cannabis continue d’entraîner un risque fédéral.

Selon Reuters, les institutions financières réglementées au niveau fédéral ou dépendantes de l’assurance FDIC restent prudentes face aux activités susceptibles de les exposer à des préoccupations de conformité ou d’application.

Les experts du secteur estiment que ce changement de politique est peu susceptible de modifier de manière significative le comportement des grands prêteurs.

Bien que la reclassification réduise les frictions pour les opérateurs de cannabis, elle ne retire pas le cannabis des cadres fédéraux de contrôle des drogues.

En conséquence, les banques voient peu de raisons de réviser les politiques internes de risque ou d’étendre les prêts au secteur.

La même logique s’applique aux services de trésorerie et au traitement des paiements.

Sans légalité fédérale claire, les grandes institutions restent réticentes à s’engager profondément avec les entreprises liées au cannabis.

Espace limité pour les petits prêteurs

Certains mouvements peuvent se produire en dehors des plus grandes banques.

Les acteurs du marché suggèrent qu’une poignée de banques régionales ou technologiques pourraient se rapprocher du secteur, notamment à mesure que les obligations de conformité s’assouplissent.

Ces prêteurs pourraient être plus enclins à explorer les opportunités liées au cannabis, en particulier dans les États disposant de cadres juridiques établis.

Pourtant, tout changement devrait être progressif.

Les contraintes fondamentales restent inchangées, et l’absence de clarté juridique fédérale continue de façonner la manière dont les prêteurs évaluent l’exposition aux entreprises de cannabis.

L’industrie pousse le Congrès à obtenir de la clarté

La plupart des grandes banques américaines et canadiennes n’ont montré aucun changement de position après le changement de politique de Trump, plusieurs ayant adressé des demandes à l’American Bankers Association.

L’association a réitéré son appel au Congrès et à l’administration pour adopter la loi bipartisane sur la banque SAFER.

La législation offrirait aux institutions financières une certitude juridique pour offrir des services bancaires au cannabis et aux entreprises liées au cannabis dans les États où la marijuana a été légalisée.

Tant qu’une telle législation ne sera pas adoptée, les analystes estiment que les ajustements de politique seuls ne permettront probablement pas de débloquer l’accès au capital des grandes banques.

Pour l’instant, les entreprises de cannabis pourraient bénéficier de coûts de conformité réduits et d’un meilleur accès à la recherche, mais le déficit plus large de financement reste fermement présent.