La guerre en Iran teste-t-elle l'alliance US-Israël alors que les coûts s'envolent ?
- Le soutien du public américain à Israël est passé de 60 % à 36 % depuis 2020, un creux historique.
- Les États‑Unis et Israël sont entrés dans la guerre contre l'Iran avec des objectifs différents et les marchés en ont payé le prix.
- L'alliance survit, mais l'ère d'un soutien américain inconditionnel et gratuit pourrait être terminée.
Pendant 60 ans, l'alliance entre les États-Unis et Israël a été considérée comme un pilier sacré de la politique étrangère américaine, mais ce consensus pourrait se fissurer.
Ce qui était présenté comme un partenariat stratégique ressemble de plus en plus à un arrangement coûteux soutenu par l'État : un appui qui a apporté à Israël plus de 300 milliards de dollars d'aide américaine.
Les États-Unis ont fourni 3,8 milliards de dollars par an de financement militaire, maintenu l'avantage militaire qualitatif d'Israël face à chacun de ses voisins, et déployé leurs propres forces pour intercepter des missiles iraniens visant des villes israéliennes.
Cette tension a de nouveau émergé dans un conflit public autour d'un champ gazier, la démission d'un responsable du contre‑terrorisme et le président américain affirmant que son allié le plus proche avait agi sans le consulter au préalable.
La question centrale n'est plus seulement de savoir si Israël est un allié, mais de savoir si la relation est devenue une relation de dépendance, subventionnée par Washington et garantie par les contribuables américains.
En avril 2024, les États‑Unis ont coordonné une coalition multinationale de défense aérienne spécifiquement destinée à protéger Israël contre les missiles balistiques iraniens.
En octobre 2024, les forces américaines ont intercepté elles‑mêmes environ la moitié d'une seconde salve de missiles iraniens.
Ces épisodes ont souligné un aspect souvent oublié des couvertures politiques plus superficielles : l'alliance n'est pas seulement un arrangement diplomatique, mais un engagement économique important et continu ayant des conséquences fiscales, industrielles et sur les marchés de l'énergie.
En retour, les États‑Unis bénéficient d'un partage de renseignements, d'un point d'appui militaire régional et de partenariats technologiques qui ont une réelle importance.
Ils reçoivent aussi, moins souvent formulé aussi crûment : une exposition à des coûts stratégiques à long terme, des dépenses militaires récurrentes et le fardeau de garantir une relation de sécurité dont les bénéfices sont réels mais très inégalement répartis.
La relation a toujours eu une dimension stratégique réelle.
Cependant, l'échange n'a jamais été réellement égal, et pendant des décennies Washington a toléré cette asymétrie. Cette fondation bipartite se fissure désormais de manière difficilement réparable, et l'économie de l'alliance devient de plus en plus difficile à ignorer.
Comment le 7 octobre a-t-il changé les termes ?
L'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 a déclenché la période de soutien militaire américain la plus intense envers Israël depuis la création du pays.
L'administration Biden a intensifié l'aide, assuré une protection diplomatique et est restée publiquement ferme.
Dans le privé, la relation était beaucoup plus fracturée.
Des hauts responsables du Département d'État ont démissionné. Des démocrates ont commencé à voter contre des paquets d'armement.
Et la sympathie du public américain envers Israël, qui s'élevait à 60 % en 2020, est tombée à 36 % début 2026, le niveau le plus bas enregistré depuis des décennies.
Un sondage Quinnipiac de 2025 a révélé que six électeurs américains sur dix s'opposaient à la poursuite de l'aide militaire à Israël.
Les votes du Congrès sur les ventes d'armes à Israël, autrefois automatiques, sont devenus contestés. Ce changement importe car l'aide n'est pas abstraite.
Il s'agit d'argent, d'achats de défense, de soutien industriel et d'un poste budgétaire récurrent lié à un système plus large dans lequel Washington absorbe le risque, et Israël reçoit un niveau d'appui que peu d'autres alliés peuvent égaler.
Lorsque Trump est revenu au pouvoir en 2025, il a rendu l'alliance intensément personnelle, appelant les tribunaux israéliens à abandonner les poursuites pour corruption contre Netanyahu et interrompant un discours à la Knesset pour demander au président une grâce pour le Premier ministre.
Les deux pays sont-ils alignés sur les objectifs de la guerre contre l'Iran ?
Operation Epic Fury, lancée le 28 février 2026, a été présentée comme une campagne conjointe américano‑israélienne aux objectifs clairs.
En l'espace de trois semaines, il est apparu que les deux pays ne livraient pas la même guerre, et que cette divergence avait d'importantes répercussions économiques en plus des considérations militaires.
Les objectifs déclarés par Trump étaient de détruire la capacité balistique et la marine iraniennes, et d'éliminer le programme nucléaire.
Les objectifs d'Israël étaient de décapiter la direction iranienne, de démanteler sa base industrielle et de réorganiser définitivement la région.
Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national sous Trump, l'a confirmé au Congrès en des termes directs.
"Les objectifs définis par le président américain sont différents de ceux définis par le gouvernement israélien."
Cette phrase, prononcée sous serment par une haute responsable de l'administration, est la description publique la plus honnête du problème structurel de l'alliance depuis des années, car elle a mis au jour une rupture non seulement de stratégie mais aussi d'attentes en matière de coûts, de tolérance au risque et d'objectifs économiques finaux.
La frappe sur South Pars l'a cristallisé.
Israël a bombardé l'un des plus grands gisements gaziers du monde sans, selon Trump, le lui avoir dit au préalable. Des responsables israéliens ont contesté cette affirmation.
La contradiction publique entre alliés, diffusée simultanément sur Truth Social et lors de conférences de presse, a précipité une nouvelle spirale des marchés de l'énergie et mis en colère les États du Golfe.
Elle a également rappelé aux investisseurs et aux décideurs politiques que l'alliance a désormais des conséquences directes sur les prix des matières premières, les assurances-affrètement, les investissements régionaux et le coût plus large de faire des affaires dans un Moyen-Orient déstabilisé.
Le ministre des Affaires étrangères d'Oman a écrit ouvertement que les États‑Unis avaient été entraînés dans une guerre alors que la diplomatie était encore possible.
"Ce n'est pas la guerre des Américains", a‑t‑il déclaré.
Joe Kent, ancien directeur du National Counterterrorism Center sous Trump, a démissionné et écrit que les États‑Unis avaient été poussés au conflit « en raison de la pression d'Israël et de son puissant lobby américain ». Ce ne sont pas des voix marginales.
À quoi ressemble l'alliance aujourd'hui ?
Les liens militaires et de renseignement entre les États‑Unis et Israël sont profonds et ne se dissoudront pas à cause d'une seule guerre.
Les partenariats technologiques, la coopération en cybersécurité, l'intégration de l'industrie de défense et les réseaux de recherche conjoints ont construit des connexions institutionnelles qui survivent à toute crise individuelle.
Ces liens créent aussi des parties prenantes des deux côtés de la relation, des sous‑traitants et investisseurs aux agences de renseignement et fabricants, ce qui explique en partie pourquoi l'alliance persiste même lorsque la confiance publique s'affaiblit.
Israël a enregistré un record de 14,7 milliards de dollars d'exportations de défense en 2024, pour la plupart à destination de l'Europe, ce qui reflète un pays de plus en plus capable d'opérer de manière indépendante sur la scène mondiale.
Cela importe économiquement parce que cela suggère qu'Israël n'est plus seulement un bénéficiaire de sécurité mais aussi un exportateur d'armes et un innovateur en matière de défense disposant de sa propre base commerciale.
En d'autres termes, la relation n'est pas simplement un soutien américain envers un allié vulnérable ; c'est aussi un canal par lequel la capacité de défense israélienne, la technologie et les partenariats industriels réintègrent les marchés mondiaux.
Mais la fondation politique de l'alliance n'a jamais été aussi fragile.
Le Carnegie Endowment for International Peace a récemment noté que les fissures au sein de la communauté américaine traditionnellement pro‑Israël « pourraient ne pas se refermer facilement » et pourraient survivre à Netanyahu lui‑même.
Cette mise en garde comporte aussi un sous‑texte économique : dès qu'une relation dépend d'une subvention politique soutenue, l'érosion du soutien bipartisan augmente le coût de son maintien et accroît la probabilité que l'aide future soit soumise à un examen plus strict, à des conditions plus dures ou à une opposition ouverte.
Le problème le plus profond n'est ni Netanyahu ni Trump ni une décision spécifique prise au cours des trois dernières semaines.
Le problème le plus profond est que l'alliance a été construite sur l'hypothèse que les intérêts israéliens et américains étaient fondamentalement alignés.
Cette hypothèse a tenu pendant la Guerre froide, pendant la guerre contre le terrorisme et à travers plusieurs cycles d'instabilité au Moyen‑Orient.
La guerre contre l'Iran de 2026 l'a mise à l'épreuve d'une manière qu'aucun épisode précédent n'avait fait, en obligeant les deux pays à supporter des coûts réels, mesurables et durables pour un ensemble d'objectifs sur lesquels ils n'avaient jamais été pleinement d'accord.
La relation spéciale existe toujours. Elle n'est simplement plus gratuite.
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