Inflation dans la zone euro à 2,5 % : le conflit en Iran fait monter les prix de l'énergie

Inflation dans la zone euro à 2,5 % : le conflit en Iran fait monter les prix de l'énergie
Vatsala Gaur
31 mars 2026, 12:17 PM
  • L'inflation dans la zone euro atteint 2,5 % alors que les prix de l'énergie augmentent fortement après le conflit en Iran.
  • L'inflation sous-jacente reste contenue, indiquant des effets de second tour limités jusqu'à présent.
  • La BCE confrontée à l'exercice d'équilibre entre les risques d'inflation et le ralentissement de la croissance.

Les prix à la consommation dans la zone euro ont augmenté au rythme le plus rapide en plus d’un an en mars, une forte hausse des coûts de l'énergie liée au conflit en Iran faisant grimper l'inflation au‑dessus de l'objectif de la Banque centrale européenne (BCE).

L'inflation dans la zone euro a accéléré à 2,5 % en mars contre 1,9 % en février, selon les estimations préliminaires d'Eurostat.

La lecture est légèrement inférieure aux attentes du marché, situées entre 2,6 % et 2,7 %, mais marque un net rebond porté par la hausse des prix du pétrole et du gaz.

Les prix de l'énergie ont augmenté de 4,9 % en glissement annuel, inversant une baisse de 3,1 % en février et enregistrant leur première hausse annuelle depuis début 2025.

Cette progression reflète la flambée des cours mondiaux du brut, le Brent ayant grimpé de plus de 50 % pour dépasser 100 $ le baril depuis l'escalade du conflit impliquant l'Iran fin février.

La hausse a fait dépasser globalement l'inflation à l'objectif de 2 % de la BCE pour la première fois depuis novembre, compliquant les perspectives de politique monétaire de la banque centrale.

L'inflation sous-jacente reste contenue

Malgré l'augmentation du chiffre global, les pressions sous‑jacentes sur les prix montrent des signes d'atténuation.

L'inflation hors énergie a légèrement reculé à 2,3 % en mars contre 2,4 % le mois précédent, ce qui suggère que le pic actuel est principalement lié à l'énergie.

Parmi les principaux postes, l'inflation des services a légèrement modéré à 3,2 % contre 3,4 %, tandis que les prix de l'alimentation, de l'alcool et du tabac ont ralenti à 2,4 %.

Les biens industriels hors énergie ont progressé de façon limitée, à 0,5 %, indiquant une pression tarifaire réduite dans les secteurs des biens.

Les économistes estiment que la question clé est désormais de savoir si la hausse des coûts énergétiques se répercutera sur la dynamique plus large de l'inflation.

Andrew Kenningham, chef économiste pour l'Europe chez Capital Economics, a déclaré que les derniers chiffres apportaient peu de clarté sur la persistance de l'inflation.

« Cela dépendra de la durée et de la gravité du conflit en Iran », a‑t‑il indiqué, soulignant l'incertitude qui pèse sur les marchés de l'énergie.

La BCE confrontée à un dilemme de politique

Les responsables de la Banque centrale européenne évaluent désormais si la remontée de l'inflation justifie une réaction politique, en particulier si la hausse des prix de l'énergie commence à se transmettre aux salaires et aux services.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré récemment que si l'inflation s'écartait de manière significative de l'objectif, la réponse devait être « appropriément ferme ou persistante ».

Dans le même temps, les décideurs ont appelé à la prudence.

La membre du directoire Isabel Schnabel a déclaré : « Nous devons rester vigilants, mais il n'est pas nécessaire de précipiter une action », indiquant que la banque centrale surveillera l'émergence éventuelle d'effets de second tour.

Les marchés financiers intègrent déjà près de trois hausses de taux cette année à partir du niveau actuel de 2,0 %, avec des anticipations croissantes d'un mouvement possible lors de la prochaine réunion de politique monétaire fin avril.

Les risques de croissance accentuent l'incertitude

Le rebond de l'inflation intervient alors que la croissance économique dans la zone euro est déjà sous pression.

La BCE a récemment révisé à la baisse ses prévisions de croissance, anticipant une expansion du PIB de seulement 0,9 % cette année, contre 1,5 % en 2025.

Elle s'attend à ce que l'inflation moyenne atteigne 2,6 % en 2026, en supposant que les prix de l'énergie se détendent conformément aux anticipations de marché précédentes.

Cependant, une période prolongée de prix du pétrole élevés pourrait modifier significativement cette trajectoire.

Gabriele Foa, gestionnaire de portefeuille crédit mondial chez Algebris Investments, a averti que les perspectives de croissance se détérioraient.

« La croissance du PIB de la zone euro pour le prochain trimestre devrait désormais être proche de zéro et pourrait devenir négative dans des scénarios de prix du pétrole élevés », a‑t‑il déclaré.

Dans un scénario plus sévère présenté par la banque centrale, des perturbations durables de l'approvisionnement en énergie pourraient pousser l'inflation jusqu'à 4,8 % d'ici 2027, tout en pesant davantage sur l'activité économique.