BCE: Commerzbank réclame une hausse des taux en avril pour ancrer les anticipations

BCE: Commerzbank réclame une hausse des taux en avril pour ancrer les anticipations
Sayantan Sarkar
07 avr. 2026, 16:02 PM
  • La BCE sous pression en raison de la hausse de l'inflation et du ralentissement de la croissance lié au choc des prix du pétrole.
  • Commerzbank appelle à une hausse des taux en avril si les anticipations d'inflation à long terme augmentent.
  • Un retard d'action risque d'entraîner une spirale prix‑salaires, citant la hausse des taux à près de 20 % de la Fed dans les années 1980.

Confrontée aux défis jumeaux de la hausse de l'inflation et du ralentissement de la croissance provoqué par le choc des prix du pétrole, la Banque centrale européenne est sous pression pour agir, Commerzbank AG anticipant que la BCE privilégiera les anticipations d'inflation à long terme et envisagera une hausse des taux d'intérêt dès sa prochaine réunion à la fin avril.

Si la hausse de l'inflation nécessite de relever les taux directeurs pour atteindre l'objectif de 2 %, le ralentissement économique simultané causé par la hausse du prix du pétrole plaide en faveur du maintien des taux, indique la banque allemande dans un rapport publié mardi. 

Ce dernier effet devrait naturellement freiner l'inflation par la suite, ce qui milite contre une hausse immédiate des taux.

Source : Commerzbank Research

Des anticipations d'inflation ancrées freinent les hausses de taux

Pour naviguer efficacement dans cet environnement difficile, la BCE doit donner la priorité aux anticipations d'inflation à long terme des ménages et des entreprises, selon Commerzbank. 

Ces anticipations peuvent être évaluées en analysant les données des marchés financiers et en réalisant des enquêtes.

La BCE n'aura pas besoin d'augmenter son taux directeur si l'on s'attend à long terme à ce qu'elle atteigne avec succès son objectif de 2 %.

“Cela s'explique par le fait que, si les anticipations d'inflation à long terme sont solidement ancrées, les travailleurs et les entreprises considèrent la hausse de l'inflation liée au prix du pétrole comme temporaire,” a déclaré Jorg Kramer, économiste en chef chez Commerzbank, dans le rapport. 

Les syndicats n'exigeront alors pas d'augmentations salariales massives, et les entreprises n'essaieront pas d'augmenter fortement leurs prix de vente.

Action rapide requise 

Si les anticipations d'inflation dépassent substantiellement l'objectif de 2 %, elles risquent de devenir une prophétie autoréalisatrice, selon Kramer. Par exemple, si les syndicats prévoient une inflation élevée à court terme, leur demande immédiate de salaires plus élevés poussera à son tour l'inflation à la hausse.

Si les anticipations d'inflation à long terme augmentent, la BCE doit agir rapidement en relevant ses taux directeurs, selon Kramer. 

La mesure vise à endiguer la spirale prix‑salaires en affaiblissant à la fois l'économie — ce qui réduit le pouvoir de négociation des travailleurs — et le pouvoir de fixation des prix des entreprises.

Au lieu de cela, l'Allemagne tolère la baisse inévitable des bénéfices et des revenus qui résulte de sa dépendance aux ressources et du fait qu'elle doit payer des coûts énergétiques plus élevés à des pays étrangers, indique le rapport.

“Si la BCE n'augmente pas ses taux malgré la hausse des anticipations d'inflation à long terme, elle devra les relever encore plus fortement par la suite,” a ajouté Kramer. 

L'absence d'une action rapide a un coût élevé, comme le montrent les événements historiques. Par exemple, la Réserve fédérale américaine a été contrainte de porter ses taux d'intérêt à près de 20 % au début des années 1980. 

Cette mesure drastique était nécessaire pour maîtriser l'inflation qui avait fortement augmenté au cours de la décennie précédente.

Leçons du passé

Alors que certains économistes minimisent les inquiétudes — notant que la demande actuelle n'est pas alimentée par des mesures de relance liées au COVID‑19 et qu'elle n'est pas contrainte par des confinements, ce qui constitue un point de départ plus favorable qu'avant la guerre en Ukraine — la mémoire publique de la forte inflation et de la perte de pouvoir d'achat en 2022 reste un facteur fortement dissuasif.

Source : Commerzbank Research

“Par conséquent, les entreprises sont susceptibles d'augmenter rapidement leurs prix de vente cette fois-ci en réponse à la hausse des coûts énergétiques afin de défendre leurs marges,” a déclaré Kramer de Commerzbank. 

Les enquêtes auprès des entreprises vont précisément dans ce sens.

La BCE devrait se concentrer sur les anticipations d'inflation à long terme et, en cas de doute, agir dès sa prochaine réunion à la fin avril.