La normalisation à Hormuz prendra des mois malgré le cessez‑le‑feu; des prix volatils attendus

La normalisation à Hormuz prendra des mois malgré le cessez‑le‑feu; des prix volatils attendus
Sayantan Sarkar
08 avr. 2026, 15:02 PM
  • Le trafic dans le détroit d'Ormuz mettra plusieurs semaines à se normaliser complètement.
  • La production de pétrole et de gaz au Moyen‑Orient pourrait mettre des mois à se rétablir.
  • Un retard d'environ 1 000 navires complique la reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz.

Même avec le cessez‑le‑feu de deux semaines entre les États‑Unis et l'Iran, les activités maritimes dans le détroit d'Ormuz mettront plusieurs semaines à se normaliser. 

De plus, l'Energy Information Administration (EIA) des États‑Unis a déclaré mardi que les prix des carburants pourraient continuer à augmenter pendant des mois, même après la réouverture du détroit d'Ormuz. 

L'évaluation de l'EIA contredit la promesse du président américain Donald Trump selon laquelle les consommateurs bénéficieraient d'un soulagement immédiat une fois le conflit avec l'Iran terminé.

Par ailleurs, selon Rystad Energy, la production de pétrole et de gaz dans les régions touchées du Moyen‑Orient mettra des mois à revenir aux niveaux d'avant‑guerre. 

Le conflit opposant les États‑Unis et Israël à l'Iran, actuellement dans son deuxième mois, a provoqué une hausse mondiale des prix du pétrole et des carburants.

Cette flambée résulte directement du blocus iranien du détroit d'Ormuz, un point de passage commercial critique par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux.

Les prix devraient rester volatils

Les prix du pétrole ont fortement chuté après que les États‑Unis et l'Iran se sont mis d'accord sur un cessez‑le‑feu de deux semaines, atténuant les craintes d'interruptions d'approvisionnement prolongées. 

Le Brent, qui a chuté jusqu'à 16%, se négociait pour sa part autour de 92 $ le baril. De même, le West Texas Intermediate (WTI) a enregistré sa plus forte baisse en près de six ans, son prix s'établissant près de 93,31 $ le baril.

En échange de la réouverture du détroit d'Ormuz par Téhéran, le cessez‑le‑feu devrait entraîner la cessation de l'opération militaire américano‑israélienne. Cet accord proposé permettrait, selon les rapports, à l'Iran et à Oman d'imposer des frais de transit aux navires empruntant le détroit.

Alors que les prix à la pompe atteignaient des sommets pluriannuels, faisant chuter la cote d'approbation de Trump à de nouveaux creux, il a constamment assuré les Américains que le choc à la pompe serait de courte durée.

L'organe statistique du département américain de l'Énergie, l'EIA, a présenté une vision moins optimiste dans son dernier rapport de perspectives énergétiques à court terme. 

Elle a fortement relevé sa prévision du prix spot du Brent, le baromètre mondial, le voyant désormais s'établir en moyenne à 96 $ le baril cette année, contre 78,84 $ auparavant. Par conséquent, l'EIA anticipe de nouvelles hausses des prix du gazole et de l'essence à la pompe.

L'agence attribue ces prix élevés attendus au temps nécessaire pour rétablir pleinement les flux pétroliers. Elle a déclaré que, même après la fin de la guerre, il faudra des mois pour que les flux reprennent entièrement à travers le détroit d'Ormuz et pour que les producteurs du Moyen‑Orient retrouvent des niveaux de production normaux, maintenant ainsi les prix à un niveau élevé pendant cette période.

"De même que nous n'avions jamais vu le détroit se fermer auparavant, nous ne l'avons jamais vu se rouvrir. À quoi cela ressemblera exactement reste à déterminer," a déclaré l'EIA.

We maintain a risk premium on crude oil prices throughout the forecast period as we expect uncertainty around future supply disruptions ​to keep prices above pre-conflict levels.

« L'orientation future des prix dépendra de la capacité des pourparlers à déboucher sur un accord durable et une normalisation soutenue des flux à travers le détroit, la volatilité étant susceptible de persister pendant les négociations plus tard cette semaine », a écrit Warren Patterson, responsable de la stratégie matières premières chez ING Group, dans une note. 

Flux dans le détroit d'Ormuz 

Dans un commentaire la semaine dernière, Rystad Energy avait souligné que les flux pétroliers dans le détroit d'Ormuz pourraient reprendre en quelques jours après la fin des hostilités, mais que le retour vers 20 millions de barils par jour prendrait plusieurs semaines. 

« Les schémas commerciaux et les stocks mettront plus de temps à se rééquilibrer, tandis que la production pourra nécessiter des mois pour revenir aux niveaux d'avant‑guerre », avait noté Claudio Galimberti, chef économiste de Rystad, dans le commentaire. 

This implies a period where financial markets may point to normalization, while physical markets continue to reflect tightness.

Le risque que le cessez‑le‑feu de deux semaines ne tienne pas reste important. 

Si le conflit se prolongeait ou si la production et les infrastructures subissaient des dommages plus étendus, la réouverture du détroit serait retardée, entraînant des perturbations prolongées dans les chaînes d'approvisionnement mondiales. 

Par conséquent, une réévaluation à la fois du rythme de la normalisation et des perspectives globales du marché serait alors nécessaire.

Les marchés devraient conserver une volatilité importante tant que la trajectoire de désescalade ne sera pas plus claire.

Incertitudes sur le marché du gaz

Après l'annonce d'un cessez‑le‑feu de 14 jours entre les États‑Unis et l'Iran, les prix du gaz en Europe ont temporairement chuté de près de 20%.

« Même si les routes maritimes sont sûres pendant deux semaines, la situation d'approvisionnement reste compliquée », a déclaré Carsten Fritsch, analyste matières premières chez Commerzbank AG, said. 

La perte d'environ 17% de la capacité d'exportation de GNL du Qatar pour les trois à cinq prochaines années est significative, aggravée par le temps nécessaire pour remettre en service les installations de GNL déjà arrêtées.

La destruction des trains de GNL S4 et S6 dans la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar le mois dernier a entraîné une déclaration de force majeure. Cet incident a réduit la capacité de 17%, soit environ 12,8 millions de tonnes par an (Mtpa).

Malgré l'incertitude quant à la rapidité avec laquelle le trafic maritime pourra être entièrement rétabli, l'ouverture temporaire pourrait permettre aux 16 méthaniers actuellement bloqués dans le golfe Persique de transiter par le détroit d'Ormuz, selon Commerzbank.

« Dans l'ensemble, toutefois, la situation sur le marché du gaz reste tendue, ce qui signifie que les prix du gaz devraient continuer d'évoluer à des niveaux bien supérieurs à ceux d'avant la crise », a ajouté Fritsch. 

Les compagnies maritimes restent prudentes

Par ailleurs, Maersk, le deuxième plus grand opérateur mondial de transport de conteneurs, a déclaré qu'il aurait besoin de plus de clarté sur la situation actuelle dans le détroit d'Ormuz. 

« Le cessez‑le‑feu peut créer des opportunités de transit, mais il n'apporte pas encore une certitude maritime totale et nous devons comprendre toutes les conditions potentiellement associées », a déclaré la société danoise.

Maersk a assuré qu'elle « travaille avec urgence » pour clarifier comment les navires peuvent franchir le détroit d'Ormuz, une zone soumise à de fortes restrictions depuis des mois.

Hapag‑Lloyd, la compagnie maritime allemande, a également adopté une approche prudente, reprenant le ton des autres acteurs. 

Le PDG Rolf Habben‑Jansen a informé les clients mercredi qu'il était prématuré de déterminer le volume de trafic qui pourrait emprunter cette voie navigable cruciale, selon un rapport de Euronews.com. 

La société a souligné que les décisions concernant les transits dépendent des évaluations de risque en cours, d'une surveillance étroite du contexte sécuritaire et des directives des autorités et des partenaires. 

Habben‑Jansen a mis en garde qu'un rétablissement d'un réseau complètement normal exigerait au moins six semaines, même si certains navires obtiennent rapidement l'autorisation de quitter le golfe.

La société compte actuellement six navires appartenant à Hapag‑Lloyd parmi les quelque 1 000 navires marchands immobilisés dans le golfe Persique. 

Ce retard important devrait compliquer fortement la gestion de la reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz. De plus, le conflit en cours coûte à Habben‑Jansen environ 55 millions USD (env. 48 millions €) par semaine.