La réinitialisation de 2025 au Royaume-Uni et en Europe : quels enjeux pour leurs économies ?

La réinitialisation de 2025 au Royaume-Uni et en Europe : quels enjeux pour leurs économies ?
Dionysis Partsinevelos
30 déc. 2024, 09:08 AM
  • Le Royaume-Uni et l'Europe tenteront de renforcer leurs liens en 2025, pour la première fois depuis le Brexit.
  • Le parti travailliste cherche des compromis qui permettent de générer de la croissance et de maintenir le soutien des électeurs.
  • L’opinion publique soutient des liens plus étroits entre le Royaume-Uni et l’UE, 68 % des personnes interrogées soutenant la liberté de circulation pour des avantages commerciaux.

Le Royaume-Uni et l'Union européenne prennent des mesures pour améliorer leurs relations tendues.

Début 2025, le Premier ministre britannique Keir Starmer assistera à un sommet informel avec les dirigeants de l'UE, qui sera la première invitation de ce type depuis la conclusion des négociations sur le Brexit en 2020.

Cette réunion se concentrera sur la coopération en matière de défense et de sécurité alors que l’Europe fait face à de multiples défis mondiaux.

Alors que les économies du Royaume-Uni et de l’Europe peinent actuellement à retrouver leur équilibre, une révision de leurs relations pourrait peut-être leur apporter plus d’avantages que d’inconvénients.

Qu’est-ce qui motive ce nouvel engagement ?

L’instabilité géopolitique a mis en évidence les intérêts communs entre le Royaume-Uni et l’UE.

Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que les tensions croissantes entre la Chine et la Corée du Nord, constituent des menaces pour la sécurité régionale.

De plus, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche soulève des inquiétudes quant à la fiabilité de l'OTAN et aux nouveaux tarifs douaniers.

Le Brexit a laissé l’UE sans l’une de ses plus grandes économies et de ses armées les plus puissantes.

Pour le Royaume-Uni, s’éloigner de l’UE a réduit son influence sur la scène mondiale.

Le gouvernement travailliste, élu à la mi-2024, considère que l'amélioration des relations avec l'UE est un moyen de relever les principaux défis intérieurs tels que la migration, la relance économique et la politique de défense.

Le plan du Parti travailliste pour une « réinitialisation ambitieuse »

Le programme de politique étrangère du Parti travailliste donne la priorité aux relations avec l'UE, le Premier ministre Starmer promettant une « réinitialisation ambitieuse ».

Des ministres clés se sont engagés dans une diplomatie active. La chancelière Rachel Reeves s'est adressée aux ministres des Finances de l'UE, tandis que le ministre des Affaires étrangères David Lammy a rencontré ses homologues de l'UE.

Starmer lui-même s'est rendu à Bruxelles pour rencontrer la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Ces efforts visent à intégrer le Royaume-Uni aux objectifs européens plus larges sans rouvrir les controverses liées au Brexit.

Le gouvernement de Starmer cherche à collaborer dans des domaines tels que le commerce transfrontalier et la sécurité énergétique tout en préservant son autonomie réglementaire.

Quels sont les enjeux économiques ?

L’économie britannique a fait face à des défis importants depuis l’arrivée au pouvoir du Parti travailliste.

Entre juillet et septembre 2024, la croissance du PIB est restée stagnante, selon l'Office for National Statistics.

Le CEBR prévoit que le Royaume-Uni restera la sixième économie mondiale d'ici 2039, mais ses perspectives à court terme restent faibles.

Les politiques fiscales du Parti travailliste, notamment l'augmentation de 25 milliards de livres sterling des cotisations d'assurance nationale, ont suscité des critiques pour leur potentiel ralentissement de la reprise économique.

Malgré ces défis, la performance du Royaume-Uni pourrait dépasser celle de ses homologues européens comme l'Allemagne et la France au cours des 15 prochaines années.

Le CEBR prévoit que l'économie allemande se contractera par rapport à celle du Royaume-Uni, l'écart se réduisant de 31 % à 20 % d'ici 2039.

De même, le Royaume-Uni devrait être 25 % plus grand que la France la même année.

Le gouvernement travailliste s’est également concentré sur la stimulation de la croissance grâce à des réformes de planification et à des investissements publics.

Les initiatives visant à augmenter la construction de logements et à moderniser les infrastructures visent à remédier aux inefficacités structurelles de longue date de l’économie britannique.

Sécurité et défense : une priorité commune

La coopération en matière de défense est au cœur de la réinitialisation. Le paysage de sécurité européen a changé de manière spectaculaire au cours des deux dernières années.

La guerre de la Russie en Ukraine se poursuit, soutenue par des nations comme l'Iran et la Corée du Nord.

Pour le Royaume-Uni comme pour l’UE, le renforcement des partenariats militaires est essentiel.

Le Royaume-Uni reste l’une des rares puissances militaires d’Europe capable de déploiements internationaux importants. Cela en fait un partenaire essentiel des initiatives de sécurité menées par l’UE.

La présence de Starmer au sommet de février témoigne de la volonté du Royaume-Uni de contribuer aux efforts de défense collective, d'autant plus que l'avenir de l'OTAN semble incertain.

Le rôle de la réforme réglementaire

Le parti travailliste vise également à surmonter les obstacles réglementaires pour stimuler la croissance économique.

Le gouvernement a demandé aux régulateurs tels qu'Ofgem, Ofwat et la FCA de lui soumettre des propositions de réforme d'ici janvier.

Ces réformes visent à créer un environnement « favorable à la croissance » tout en respectant l’indépendance des organismes de réglementation.

Starmer a critiqué la bureaucratie excessive, la qualifiant d'obstacle à l'investissement.

Dans un discours aux investisseurs internationaux, il s'est engagé à supprimer les réglementations obsolètes qui entravent l'activité économique.

Cependant, les critiques affirment que certaines règles considérées comme des obstacles sont nécessaires à la stabilité du marché.

Opinion publique et liberté de circulation

Les sondages suggèrent que les citoyens du Royaume-Uni et de l’UE sont plus enthousiastes à l’idée de renforcer les liens que leurs gouvernements.

Un récent sondage YouGov et Datapraxis pour le Conseil européen des relations étrangères a révélé que 50 % des répondants britanniques considèrent que l’engagement plus étroit avec l’UE est le meilleur moyen de stimuler l’économie et que 68 % sont favorables à la réintroduction de la libre circulation en échange de l’accès au marché unique.

De même, les majorités en Allemagne et en Pologne soutiennent l’idée d’offrir au Royaume-Uni un accès spécial au marché unique afin d’approfondir la coopération en matière de sécurité.

Alors que le gouvernement travailliste insiste sur le fait qu’il ne reviendra pas à la libre circulation ni au marché unique, les accords sectoriels offrent un compromis.

Par exemple, les programmes de mobilité des jeunes pourraient permettre aux 18-30 ans de travailler ou d’étudier de l’autre côté de la Manche.

Le Royaume-Uni pourrait accepter cela en échange de gains pratiques, tels que la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles ou une mobilité plus facile pour les artistes et les divertisseurs britanniques.

De plus, les négociations sur les droits de pêche pourraient également servir de monnaie d’échange, liées à l’obtention d’avantages économiques tels que des accords commerciaux alimentaires rationalisés.

Pourquoi une réinitialisation des relations entre le Royaume-Uni et l’UE est-elle importante ?

La réinitialisation des relations entre le Royaume-Uni et l’UE comporte à la fois des opportunités et des risques.

D’une part, des liens plus étroits pourraient aider les deux parties à relever des défis communs, des barrières commerciales à l’instabilité géopolitique.

Une coopération améliorée pourrait également profiter à la reprise économique du Royaume-Uni et renforcer l'influence mondiale de l'UE.

D’autre part, il existe des limites à la mesure dans laquelle chaque partie est prête à faire des compromis.

Il est peu probable que le Royaume-Uni rejoigne à nouveau le marché unique ou l’union douanière, tandis que l’UE pourrait hésiter à accorder des concessions importantes sur le commerce ou la migration.

La volonté du Parti travailliste de « réinitialiser » l’UE est étroitement liée à son programme intérieur.

La croissance économique, la gestion des migrations et l’amélioration des services publics dépendent, à des degrés divers, du succès de ces négociations.

Le parti travailliste fait toutefois face à des risques politiques à l’intérieur du pays, notamment au scepticisme des partisans du Brexit qui pourraient considérer toute concession à l’UE comme une trahison.

La tâche du parti travailliste est difficile, car il doit présenter tout compromis comme une victoire pour les intérêts britanniques tout en évitant les réactions négatives des électeurs réticents à l’influence perçue de l’UE.

L’action plutôt que la rhétorique

Malgré la bonne volonté des deux parties, des progrès significatifs nécessitent des priorités claires et une volonté de compromis.

Le scepticisme de l’UE quant aux intentions du Royaume-Uni et l’hésitation du gouvernement travailliste à exprimer pleinement les compromis pourraient faire échouer les négociations.

Pour que la « réinitialisation » réussisse, les deux parties doivent aller au-delà des gestes symboliques pour offrir des avantages tangibles dans le domaine du commerce, de la défense et de la coopération énergétique.