L'économie française ralentit fortement sous l'effet des tensions commerciales et de l'incertitude politique
- La France révise à la baisse ses prévisions de croissance pour 2025, les ramenant à 0,7 %.
- La dette publique atteint 113 % du PIB, les plans de réduction du déficit étant désormais menacés.
- Les tensions commerciales avec les États-Unis créent de nouveaux points de pression pour l'économie française.
Les économies européennes sont dans une situation très contrastée. Alors que certaines réduisent les dépenses publiques et sortent de la récession, d'autres s'orientent lentement dans la direction opposée.
L'économie française n'est pas une histoire d'optimisme.
Les objectifs de croissance s'éloignent discrètement, la dette s'accumule et les risques extérieurs commencent à ressembler non pas à des menaces mais à des réalités.
La confiance des entreprises s'érode, et les plans du gouvernement pour maîtriser la dette semblent désormais plus difficiles à réaliser.
Pourquoi la croissance ralentit-elle ?
Le gouvernement prévoit désormais une croissance de l'économie française de seulement 0,7 % cette année, contre les 0,9 % initialement prévus et qui avaient servi de base à l'élaboration du budget de 2025.
La Banque de France a révisé ses prévisions à la baisse à 0,7 % en mars dernier, tandis que l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ne prévoit que 0,5 %.
Les premiers signes de difficultés étaient déjà visibles en début d'année, l'enquête conjoncturelle de la Banque de France indiquant une croissance du PIB de seulement 0,1 % à 0,2 % au premier trimestre.
Derrière les chiffres, l'histoire est simple. Les chefs d'entreprise de tous les secteurs signalent un sentiment d'incertitude accru, les secteurs de la construction et de l'industrie étant les plus touchés.
Les entreprises de construction sont paralysées par les doutes concernant les nouvelles politiques fiscales et les retards dans les projets publics, tandis que les entreprises industrielles sont ébranlées par les tensions géopolitiques et les conditions commerciales imprévisibles.
La confiance s'érode au moment précis où l'économie avait besoin de l'énergie du secteur privé pour prendre le relais.
Sans une reprise des investissements privés, l'économie française risque de se retrouver prise dans une boucle de rétroaction : l'incertitude ralentit l'activité, le ralentissement de l'activité alimente davantage l'incertitude, et l'élan nécessaire pour stabiliser les finances publiques s'éloigne de plus en plus.
La France, peut-elle se permettre ses promesses concernant les dettes ?
On ne peut pas cacher les chiffres. La dette publique française s'élève actuellement à 3,3 billions d'euros.
Cela équivaut à 113 % du PIB selon l'INSEE. Ce chiffre à lui seul explique une grande partie des pressions qui sous-tendent la réduction des dépenses publiques de 5 milliards d'euros annoncée plus tôt ce mois-ci.
Officiellement, l'objectif reste de réduire le déficit de 5,8 % en 2024 à 5,4 % cette année et d'atteindre finalement la règle des 3 % de l'UE d'ici 2029.
Mais cette stratégie repose sur des bases de plus en plus fragiles. Les économies sont censées provenir de l'annulation ou du report de dépenses plutôt que de réformes structurelles réelles.
Une partie des 5 milliards d'euros est déjà affectée à la défense, la France renforçant son soutien à l'Ukraine et à la sécurité nationale.
Pendant ce temps, les agences de notation suivent de près les efforts de la France pour maîtriser son niveau d'endettement.
Moody's maintient la note de la dette française à Aa3 avec une perspective stable, mais S&P et Fitch ont toutes deux des perspectives négatives sur leurs notes AA-.
Une dégradation de la note ajouterait un coût supplémentaire que la France peut à peine se permettre. Cela signifierait des taux d'emprunt plus élevés sur un marché qui exige déjà davantage des gouvernements endettés.
Comment les États-Unis resserrent-ils l'étau ?
L'un des plus grands chocs externes provient de l'autre côté de l'Atlantique.
La décision du président Donald Trump d'imposer une taxe douanière de 20 % sur toutes les importations de l'Union européenne au début du mois d'avril a secoué les marchés et compliqué les perspectives économiques de la France.
Le gouvernement français a averti qu'une guerre commerciale à grande échelle pourrait entraîner une baisse des recettes fiscales et réduire davantage la croissance du PIB du pays.
Le ministre Lombard a clairement indiqué que Paris ne répondrait pas par de nouvelles taxes ou des coupes budgétaires supplémentaires si la situation s'aggravait. Il accepterait plutôt un élargissement temporaire du déficit.
Même après l'annonce par Trump d'une pause de trois mois sur les taxes douanières pour les pays autres que la Chine, les responsables français ne se sentent pas rassurés.
Ils ont qualifié la politique commerciale de Trump d'imprévisible.
Un conflit commercial prolongé pénaliserait les exportations et pèserait davantage sur la croissance, rendant plus difficile pour l'économie française d'atteindre ses objectifs déjà revus à la baisse.
Les relations entre les États-Unis et la France se détériorent clairement.
Le président Emmanuel Macron s'est ouvertement opposé à Trump et à ses récentes déclarations contre l'Ukraine, tandis que Trump lui-même soutient ouvertement l'adversaire du président français actuel, Marine Le Pen.
Comment l'instabilité politique affecte-t-elle les entreprises ?
L'instabilité politique intérieure amplifie l'ampleur des dégâts. Le gouvernement minoritaire du Premier ministre François Bayrou a à peine survécu à un vote de défiance pour faire adopter le budget de 2025.
Les entreprises ralentissent leurs activités face à la hausse des impôts et à un environnement réglementaire imprévisible.
Patrick Martin, président du Medef, a averti que la France allait à contre-courant en augmentant les coûts alors que d'autres pays tentent de stimuler l'investissement et la croissance.
Les données économiques de janvier ont été légèrement meilleures que prévu, mais février a confirmé un nouveau ralentissement de l'activité, notamment dans les secteurs des services et de la construction.
Pour les entreprises, il ne s'agit pas seulement des impôts ou des prévisions de croissance. Il s'agit de l'absence de perspective claire. Les investisseurs détestent plus que tout le brouillard politique, et en France actuellement, la visibilité est mauvaise.
L'investissement suit toujours le moral des entreprises. Et l'incertitude est le pire ennemi de l'investissement.
La véritable histoire de la France
Peut-être que l'économie française n'est pas encore au bord de la crise.
Mais le pays est certainement confronté à quelque chose de plus dangereux : une lente érosion de sa résilience.
La croissance est érodée, révision après révision. Les marges budgétaires se réduisent et le capital politique est dépensé sans être renouvelé.
Cela ne signifie pas une récession imminente ni un effondrement financier.
Mais cela signifie que, à moins de trouver des moteurs de croissance, que ce soit par l'innovation, l'investissement ou de véritables réformes, la France abordera la prochaine récession plus faible et plus exposée.
Les finances publiques sont en train de dérailler, et sans s'attaquer à ce déséquilibre plus profond, même une aide extérieure n'offrira qu'un répit temporaire à la deuxième plus grande économie européenne.
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