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Interview : Maleeha Bengali (MB Commodities) — pourquoi les EAU ont quitté l'OPEP

Interview : Maleeha Bengali (MB Commodities) — pourquoi les EAU ont quitté l'OPEP
Sayantan Sarkar
05 mai 2026, 14:42 PM

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Futures WTI

Acheter du WTI (contrat du mois courant ou spread 1–3 mois) car les EAU signalent une production sans quotas visant à maximiser les recettes une fois la logistique normalisée, ce qui affaiblit la discipline de l'OPEP+ et rend l'offre plus réactive à la demande. Cela renforce la probabilité d'un pétrole soutenu à $80–$85 si le risque lié au détroit d'Ormuz reste élevé et que le calendrier d'un cessez‑le‑feu demeure incertain.

Risque clé : Un cessez‑le‑feu rapide et durable combiné à la réouverture du détroit d'Ormuz qui augmenterait fortement l'offre effective et ferait chuter le WTI sous $75.

Opération sur la discipline de l'OPEP+ (Arabie saoudite vs EAU)

Vendre l'exposition à la cohésion de l'OPEP+ en adoptant une position short sur le Brent et long sur le bêta des bruts liés à l'Arabie saoudite : short sur le Brent contre une exposition longue à un brut lié à l'Arabie saoudite (par exemple, vendre des futures Brent tout en achetant un substitut lié à Saudi Aramco, comme des swaps/ETN liés au brut saoudien, lorsque disponibles). La thèse est que le départ des EAU réduit le contrôle du cartel, rendant la tarification plus régionale et moins coordonnée — le Brent devrait être plus volatil face aux chocs d'approvisionnement au Moyen‑Orient que les barils liés à l'Arabie saoudite.

Risque clé : L'Arabie saoudite reprend rapidement le contrôle en réduisant/ajustant sa production suffisamment pour stabiliser le marché et comprimer la volatilité du Brent.

  • Les EAU se détachent des quotas pilotés par l'Arabie saoudite pour maximiser leur capacité de production pétrolière.
  • Le départ affaiblit la cohésion de l'OPEP à mesure que la capacité excédentaire diminue fortement.
  • Les prix du pétrole dépendront d'un cessez‑le‑feu ; à long terme, une fourchette de $65–$70/bbl est envisagée.

La sortie surprise des Émirats arabes unis (EAU) de l'OPEP a marqué un tournant dans la géopolitique énergétique mondiale, signalant un passage d'une discipline de cartel à une stratégie axée sur le marché, alors même que le détroit d'Ormuz reste encombré par des perturbations liées à la guerre.

Ce retrait met fin à près de six décennies d'adhésion et prive le cartel de son troisième plus grand producteur, constituant l'une des sorties les plus significatives de l'histoire de l'OPEP.

Dans une conversation exclusive avec Invezz, Maleeha Bengali, fondatrice et gestionnaire de portefeuille chez MB Commodities Capital et auteure de MB Commodity Corner, explique pourquoi les EAU se détachent des limites de production pilotées par l'Arabie saoudite, comment le calendrier s'entrelace avec le conflit régional et ce que cela signifie pour les prix du pétrole, la cohésion de l'OPEP et l'avenir des marchés énergétiques mondiaux.

Bengali a déclaré à Invezz que ce départ affaiblira l'influence de l'OPEP+ sur le marché pétrolier, les EAU cherchant à maximiser leurs revenus pétroliers.

Ci-dessous des extraits édités :

Invezz : Que signifie vraiment, à long terme, la sortie des EAU de l'OPEP pour leur stratégie énergétique ?

Maleeha Bengali : Ils cherchent à maximiser les revenus pétroliers plutôt qu'à respecter une structure de limites imposée par l'OPEP, essentiellement gérée par l'Arabie saoudite.

Les deux pays affichent des prix de rupture budgétaires différents après leurs plans d'expansion.

De plus, les EAU ont été davantage touchés par la guerre, ils cherchent donc à compenser autant que possible.

Invezz : Quelle est l'importance du calendrier de cette décision, survenant alors que le détroit d'Ormuz est encore perturbé ?

Maleeha Bengali : Cela n'aura pas d'impact immédiat sur les prix, mais les EAU se préparent à pomper autant que possible pour les marchés une fois que le détroit sera rouvert ou que la guerre se sera apaisée.

Par ailleurs, on observe un écart croissant dans leurs alliances régionales (Pakistan/Égypte/Turquie/ Iran) par rapport aux EAU, qui sont davantage alignés avec Israël et les États-Unis.

À mesure que la guerre s'enlise, la carte géopolitique évolue, et la décision s'inscrit dans ce mouvement. Les EAU commencent à penser par eux‑mêmes.

Affaiblissement de l'influence de l'OPEP

Invezz : Le départ des EAU affaiblira‑t‑il la cohésion de l'OPEP+ à court ou à long terme ?

Maleeha Bengali : Le départ des EAU affaiblira l'influence de l'OPEP à l'avenir, car les EAU et l'Arabie saoudite étaient les deux membres disposant de la plus grande capacité excédentaire et pouvaient donc réduire ou augmenter la production pour maintenir les niveaux de prix souhaités.

Les EAU disposent d'une capacité de production pouvant atteindre 5 millions de barils par jour. Cependant, leur production a été limitée par les quotas établis par l'OPEP.

Une fois que le flux pétrolier se stabilisera ou que les EAU réussiront à le rerouter via un pipeline alternatif, ils ne seront plus contraints par les quotas de l'OPEP.

L'Arabie saoudite restera le membre dominant du groupe, même la Russie cherche à pomper autant que possible, car elle a besoin de prix supérieurs à $75/bbl pour financer sa guerre contre l'Ukraine.

The other members in the group are too small to make an impact but they will widely follow Saudi Arabia, but OPEC as a group and its influence will be less and less going forward. It will be more about market share and Saudi Arabia will not be cutting production to maintain higher prices if UAE is pumping at will.

Maleeha BengaliFounder of MB Commodities

La cohésion de l'OPEP s'en trouvera définitivement affaiblie, car c'est désormais surtout l'Arabie saoudite qui détient la majeure partie de la capacité excédentaire – les EAU en disposaient également.

Production et impact sur les prix

Invezz : Combien de pétrole supplémentaire les EAU peuvent‑ils raisonnablement apporter au marché maintenant qu'ils ne sont plus liés par des quotas ?

Maleeha Bengali : La production pétrolière des EAU, qui était tombée à 2,2 millions de barils par jour (bpd) contre un niveau d'avant‑guerre d'environ 3,8 millions de bpd, était limitée par leur quota OPEP+ d'environ 3 millions de bpd, malgré une capacité de production d'environ 5 millions de bpd.

Le pays explore des options alternatives pour augmenter ses exportations.

Actuellement, le pipeline contourné peut acheminer au maximum 1,8 million de bpd, mais les EAU développent un nouveau pipeline afin d'accroître leur capacité d'exportation.

Invezz : Ce mouvement est‑il principalement motivé par l'économie, la géopolitique, ou les deux ?

Maleeha Bengali : L'économie joue un grand rôle. Géopolitiquement, les EAU se sont davantage alignés avec les États‑Unis et Israël durant cette guerre avec l'Iran ; leurs politiques ces dernières années en Somalie/Soudan et leurs désaccords avec l'Arabie saoudite l'illustrent clairement.

Mais ils avaient toujours suivi l'Arabie saoudite. Depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, les EAU ont changé et veulent devenir un acteur plus important dans la région.

La compétition sous‑jacente entre l'Arabie saoudite et les EAU est souvent passée inaperçue parce que le Moyen‑Orient était perçu comme une entité unifiée.

Actuellement, le paysage d'après‑guerre, en particulier leurs alliances divergentes avec des pays comme l'Iran et le Pakistan, les éloigne davantage.

Invezz : Quel impact cela aura‑t‑il sur les prix mondiaux du pétrole dans les mois à venir ?

Maleeha Bengali : Si un cessez‑le‑feu est conclu, les prix pourraient se situer dans une fourchette de $80‑$85/bbl.

Il faudra du temps pour y revenir, mais tout dépendra de la décision des États‑Unis et d'Israël d'attaquer de nouveau l'Iran et de détruire ses infrastructures.

La situation est dynamique et évolue jour après jour.

But longer term, I do not see oil being an issue as flows are making their ways and finding alternate routes. Long term, once things normalise, prices would be back in the $65-$70/bbl range.

Maleeha BengaliFounder of MB Commodities

Retombées du départ des EAU

Invezz : Comment les autres membres de l'OPEP devraient‑ils réagir à la décision des EAU ?

Maleeha Bengali : Chacun des membres actuels de l'OPEP est susceptible de suivre sa propre politique, car ils ne sont pas aussi puissants que l'Arabie saoudite ou les EAU.

Les pays disposant d'une capacité de production plus élevée, comme l'Iran ou le Venezuela (dont les actions sont actuellement influencées par les États‑Unis), chercheront probablement à augmenter leur production.

Invezz : Cette décision renforcera‑t‑elle ou affaiblira‑t‑elle l'influence des EAU sur les marchés énergétiques mondiaux ?

Maleeha Bengali : Maintenant que les EAU produiront et pomperont en fonction de critères purement économiques, le marché pétrolier sera libre de fluctuer selon l'offre et la demande et ne sera plus contrôlé par les prix.

Leur part de marché sera donc plus élevée lorsqu'ils pomperont davantage à des prix élevés et inversement.

Risques et opportunités

Invezz : Quels sont les principaux risques et opportunités pour les EAU après leur sortie de l'OPEP ?

Maleeha Bengali : Le principal risque est leur alignement affirmé avec Israël et les États‑Unis, et leur position contre l'Iran, leur voisin le plus proche.

La défense devient donc cruciale pour eux dès maintenant, mais aussi pour d'éventuels conflits futurs.

Leurs opportunités résident dans le fait de devenir un acteur plus important et de s'impliquer davantage dans des politiques expansionnistes en Afrique et sur la scène mondiale, en s'alignant avec les États‑Unis et Israël.

De plus, cela modifiera la perception qu'ont les expatriés des EAU en tant que lieu d'affaires, compte tenu des contrôles financiers stricts et de la nécessité de reconstruire une image.

Ils s'en sortiront bien, mais la composition changera, tout comme la prime de risque. Les EAU ne seront plus automatiquement considérés comme un refuge sûr.

Nous observons déjà des flux de capitaux vers Hong Kong et Singapour, par exemple, les investisseurs ayant d'autres options.

Invezz : Enfin, quels pays consommateurs de pétrole pourraient bénéficier du départ des EAU de l'OPEP ?

À l'avenir, les prix seront déterminés par la demande et l'offre réelles et non maintenus artificiellement par des restrictions de production.

Les prix du pétrole étaient déjà trop élevés avant la guerre, malgré toute la capacité excédentaire.

Nous avons soutenu que, après le COVID‑19 et avant la guerre avec l'Iran, le vrai prix du pétrole aurait dû se situer autour de $50‑$60/bbl, mais l'OPEP a délibérément retenu 10 millions de barils par jour beaucoup plus longtemps que nécessaire, puis l'Arabie saoudite a appliqué des réductions volontaires supplémentaires pendant trois années de plus avant d'augmenter enfin sa production.

J'ai défendu l'idée que si l'offre avait été laissée telle quelle, le marché pétrolier aurait trouvé un équilibre bien plus tôt et la demande aurait pu mieux se rétablir.

Mais l'OPEP a continué de retenir la production par peur de laisser les prix baisser.

Une douleur à court terme pour un gain à long terme serait préférable, mais ils ont trop investi et ont besoin des dollars pétroliers pour financer leurs plans.

À court terme, les pays ne bénéficient pas car il y a une panne d'approvisionnement, mais à terme ils auront un marché plus ouvert en termes de parts de marché.